DES ACCIDENTS
DANS LES
LABORATOIRES
DE CHIMIE PAR
Jules Adrien Thelmier
DES ACCIDENTS
LABORATOIRES DE CHIMIE
A. Parent, imprimeur lie la Faculté do Médecin», ru;: MMe l'riucc, 31.
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DES ACCIDENTS
LABORATOIRES DE CHIMIE
J.-A. THELMIER (THOLOMIER)
DOCTEUR EN MEDECINE,
Hnrhelier IHIrrs, b;irln.'liov huitici's phyiiijui*.
Ancien préparateur de eliimio minérale
.m laboratoire de la Faculté do m^dt-cinis de Paris.
PARIS
S.-B. BAILLIÈttE et FILS
LinnAiims ot l'académie impérial*: m. hbdbcihe
Elue Haute feuille, iy
Lomnnns , biadbid . «EW-TOl»
lllrr, Bal Lui tE i C. Uiilly-Uhliikiiï | Hailliêbe Dkotouu
LB1PI10, E. JONG-TBBUTTEL, 10, QUERSTIUSSB
1866
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AVANT-PROPOS.
Blessé grièvement à la suite d'une explosion de
fui minute d'argent, en préparant le cours de chi-
mie minérale de la Faculté de médecine de Paris,
je fus amené par un sentiment bien naturel à re-
chercher si l'on s'était occupé dans quelques-uns
des nombreux ouvrages que la chimie a Tait éclore
depuis un demi-siècle, des accidents qui se pro-
duisent journellement dans les laboratoires, et des
moyens les plus propres ù les éviter. J'ai été fort
étonné de. ne rencontrer rien de pareil. On trouve
bien, eà cl là. le récit île quelque catastrophe avec
le nom de la victime et celui de la substance
qui l'a produite; mais en général ici se bor-
nent tous les renseignements, et surtout pas nn
mot n'est dit sur les précautions à prendre pour
en éviter le retour.
J'ai cru qu'il y avait là quelque chose à faire,
une lacune à combler, et j'ai entrepris ce travail.
On comprendra facilement que je n'aiepu passer
en revue tous les corps dangereux à manier; il
m'aurait fallu pour cela faire défiler successive-
ment sous les yeux du lecteur presque toutes les
substances étudiées en chimie, et accomplir pour
chacune d'elles une œuvre de bénédictin, que
je n'avais ni la force ni les moyens d'entreprendre,
I80G. — Thclmicr. I
Je me suis doue borné à rénumération des princi-
paux événements malheureux arrivés depuis que
l'on s'occupe d'expériences chimiques, et à indi-
quer de quelles précautions on doit s'entourer pour
les éviter.
Je n'ignore pas que, malgré fous les avertisse-
ments et les conseils, il y aura toujours des chi-
mistes victimes de la science ; mais je me consi-
dérerai comme fort heureux, si mes modestes
conseils et mon triste exemple peuvent inspirer
aux jeunes gens studieux, qui commencent leurs
éludes chimiques, une crainte salutaire, qui les -
maintienne toujours sur leurs gardes, en présence
d'agents aussi redoutables que ceux dont sont
remplis nos laboratoires.
Est-ce à dire que tout accident puisse être évité
h l'aide des précautions les plus sévères cl rie l'ex-
périence la plus sérieuse Hélas! non, et l'on en
verra la preuve dans la suite de celle élude. En
effet, quand des savants lels que Dulong, Dumas,
Liebig, Hegnaull, Thénard, Wurlz, dont les noms
sont la gloire delà chimie, n'ont pas eux-mêmes
clé à l'abri de semblables malheurs, il serait bien
téméraire d'afficher la prétention de pouvoir les
prévenir tous.
J'ai dû adopter un certain ordre, afin d'éviter la
confusion ; j'avais pensé d'abord à prendre l'un
après l'autre chacun des principaux corps et ses
coin posés, et à étudier ensuite les accidents auxquels
il a donné lieu, ou pourrait donner lieu à l'avenir;
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AVANT-PROPOS. 7
ou bien, a suivre l'ordre chronologique depuis la
mortd'Osmin Hervy, parexemple,ju8qu'àrépoque
actuelle.
Cependant, après mûre réflexion, il m'a semblé
à la fois plus commode et plus logique d'adopler
une classification basée sur la nature des accidents
eux-mêmes, et-je me suis arrêté à cette dernière
idée. J'ai donc divisé mon travail en trois classes :
Brûlures, Em/iohafinrwwitfs et E-rphainns. Sous ces
trois titres, il m'a été permis de grouper un certain
nombre d'observations, présentant à peu près les
divers dangers auxquels sont exposés les chimistes.
(In pourrait y ajouter les asphyxies et les dés-
ordres causés par l'inspiration des vapeurs ou
des gaz irritants, mais les premières sont telle-
ment rares dans les laboratoires, que je n'en ai
pas trouvé d'exemple, et quant aux seconds, il me
sera facile de les ranger dans la classe des brû-
lures ou des empoisonnements.
Il est peut-être convenable de faire observer ici
que je ne veux nullement, dans cette étude, sortir
des laboratoires purement consacrés à la science,
et que je passerai sous silence des désastres épou-
vantables, tels qu'explosions de capsuleries ou de
magasins d'artificiers, etc. Si cet essai obtient un
accueil favorable, je me propose de m'en occuper
plus tard; pour le moment, le martyrologe sera
malheureusement bien assez étendu, sans y ajou-
ter les noms des victimes de la science mise au
service de l'industrie.
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8 AVANT-PROPOS.
L'espacedanslequeljesuia resserré ne me permet
pas de rapporter le nombre considérable d'obser-
vations qu'il m'a été donné de recueillir; je citerai
les principales, elje publierai les plus importantes
in ex tenso.
J'ai reçu, à propos de cet essai, des marques de
bienveillance et de sympathie auxquelles je n'étais
plus habitué depuis de longues années. Aussi ne
puis-je me résoudre à entrer en matière, sans re-
mercier avec une cordialité respectueuse ceux de
mes maîtres dont les noms suivent : MM. Bâillon,
Béhier, Houcbardat, Cruveilhier, (losselin, Jar-
javay, Labbé, Lasèg'ue, Le Fort, Lecontc, Lorain,
Naquet, Nélaton, Parrol, .1. liegnauld, Tardieu et
Wurtz, sans oublier M. Forgel, secrétaire de la
Faculté de médecine, dont la complaisance el. l'ur-
banité ne s'effaceront jamais de mon souvenir.
DES ACCIDENTS
DANS LES LABORATOIRES DE CHIMIE
Il existe fort peu de corps en chimie dont la
préparation ne soildangcreuse.On pourrait même
dire, à la rigueur, que presque toutes les opéra-
tions chimiques sont accompagnées de dangers
pins ou moins grands. Tantôt l'opérateur est ex-
posé à une asphyxie, à une irritation des voies
respiratoires, à une brûlure légère ou grave;
tantôt il est menacé d'un empoisonnement; d'au-
tres fois encore, il doit redouter une de ces terribles
explosions, dont malheureusement bien peu de
laboratoires ont eu le privilège d'être exempts.
Parmi les accidents que les chimistes ont à re-
douter, un certain nombre peuvent être évités
soit par une attention soutenue, soit à l'aide de
moyens fournis par la science elle-même. Hàtons-
nous de déclarer que la plupart doivent être ran-
gés dans cette catégorie. Cependant, il est mal-
heureusement permis d'affirmer qu'une certaine
quantité de ces tristes événements déjouenl lotîtes
10 DIVISION DES ACCIDENTS.
les prévisions, même des savants les plus expé-
rimentés. Nous allions trop souvent l'occasion de
citer, par la suite, des exemples de ce genre. 11
est inutile de dire que nous pourrons à peine,
dans un certain nombre de ces derniers cas, ha-
sarder quelques conjectures sur les causes pro-
bables qui les ont produits, et conséquemmenl
sur les moyens de les éviter,
Nous nous efforcerons d'étudier les autres, et
d'indiquer les précautions propres à en préserver
les jeunes gens, qui commencent l'élude si at-
trayante de la chimie.
DIVISION DES ACCIDENTS
Nous avons déjà fait connaître plus haut les mo-
tifs qui nous avaient engagé à séparer en trois
grandes divisions les accidents de laboratoire ; il
serait oiseux de revenir sur ce sujet.
Nous devons toutefois faire remarquer qu'il
nous a paru avantageux, pour la clarté do notre
travail, de nous occuper séparément, dans eba-
cune de ces classes, des accidents causés par les
gaz et les mpeun, puis de ceux produits par les
liquides, et enfin de ceux auxquels les corps
solides peuvent donner naissance.
Nous présenterons sommairement quelques in-
dications sui' les précautions nécessaires pour se
mettre :i l'abri des brûlures, des empoisonne-
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DIVISION DES ACCIDENTS. Il
merils et des explosions eu général; nous nous
réservons d'entrer dans des détails plus étendus,
à mesure que l'histoire d'une substance dange-
reuse viendra se placer sous noire plume, ou que
nous citerons l'observation d'un accident cause
par elle; à moins cependant que l'indication des
précautions à prendre ne soit renfermée dans
l'observation même.
Nous négligerons complètement la question du
traitement. Les différentes lésions auxquelles
donne lieu l'action des corps employés en chimie
se trouvent décrites dans tous les traités de patho-
logie, en même temps que les ressources que In
science peut mettre en usage pour les combattre.
Néanmoins, quand une indication toute spéciale
se présentera, nous eu dirons quelques mois, sur-
tout si elle est basée sur une propriété chimique.
C'est ainsi, qu'à propos del'empoisonneinenl par
le gazacidearsénieux, nousindiquerons les émana-
lions de chlore comme un préservatif fondé sur
l'affinité de ce métalloïde pour l'hydrogène, affinité
qui lui permettrait de décomposer ce terrible poi-
son au moment même où il se répand dans l'at-
mosphère environnante.
PREMIERE CLASSE
I>ES BRULURES
L'intensité des brûlures causées par les diffé-
rentes s [distances chimiques varie suivanl l'agent
les a produites. Ainsi, toutes choses étant
égales d'ailleurs, plus le point d ehullition d'un
corps est élevé, plus la brûlure sera grave. On
conçoit donc parfaitement que le contact de l'eau
bouillante détermine moins de désordres, puis-
que sa température est a ■[• 100 degrés que l'huile
bouillante, dont le point d'ébullition atteint + 300
degrés environ.
Quant aux métaux en fusion, ils peuvent déter-
miner une véritable carbonisation des parties
avec lesquelles ils se sont trouvés en contact,
ainsi qu'on le voitsouventdans les grandes usines
où l'on fond ces substances. Ces ras se présentent
rarement dans les laboratoires. On le concevra
sans peine, les recherches scientifiques n'exig-enl
pas de grandes quantités de matière pour les ana-
lyses qu'on y effectue. La quantité du corps en
fusion augmente nécessairement la gravité de la
brûlure; aussi les accidents que l'on rencontre
dans l'industrie, où des masses considérables de
métaux sont maintenues quelquefois longtemps
en fusion, sont-ils parfois épouvantables.
_' u n:l'"j t- L.i
DES BRULURES. — MOYENS GENERAUX. 13
Il est un autre genre spécial de brûlures, je
veux parler de celles produites par les acides
concentrés, ou les vapeurs qu'ils dégagent. Ces
corps, généralement fort avides d'eau, agissent
en s'emparent de celle qui est contenue dans nos
tissus, elles carbonisent plus ou moins, suivant leur
degrédeconcentralion,oula durée de leur contact.
Outre cette action spéciale des acides en géné-
ral, certains d'entre eux, sans être franchement
vénéneux, paraissent jouir d'une propriété toxique
particulière. Nous aurons à fournir plusieurs ob-
servations à ce sujet.
On voit donc que les substances employées dans
les laboratoires peuvent produire tous les degrés
de brûlures, depuis la simple rubéfaction de la
peau jusqu'à la carbonisation complète des tissus.
Les brûlures sont aussi très-souvent des com-
plications graves des plaies produites par les ex-
plosions. Nous y reviendrons en temps opportun.
MOYENS GÉNÉRAUX d'ÉVITBK LUS BRULURES.
[1 serait puéril {l'indiquer ici les précautions à
prendre, pour éviter en général le contact des corps
susceptibles de déterminer des brûlures à différents
degrés. II est prudent, on le comprend de reste,
de saisir avec des pinces assez longues pour pou-
voir le transvaser sans péril, le creuset renfer-
mant un métal en fusion. De même, il est néces-
saire, en se servant d'acides très-concentrés, de
14 BRULURES PAR LES GAZ ET LUS VAPEURS.
mettre des doig-tiers en caoutchouc, sur lesquels
ils n'ont pas d'action. Cette recommandation s'ap-
plique spécialement à I'aeide fluorhydrique, dont
les brûlures offrent en général une gravité supé-
rieure à celles produites par les autres acides.
BRULURES PAR LUS (iAZ ET LES VAPEURS.
Laissant de coté les brûlures produites par la
vapeur d'eau, auxquelles sont exposées une foule
de personnes étrangères à la cliimie, nous devons
mettre au premier rang' les accidents causés par
les vapeurs acides des gaz chlorhydrique et surloul
fluorhydrique. Les fumées d'acide p/wp/iorique on!
souvent aussi donné lieu à des brûlures graves;
mais l'étude de leurs dangereuses propriétés a ce
point de vue, se confondant avec celles du phos-
phore solide, nous ne croyons pas devoir la séparer
de celle de ce dernier corps.
Il m'est souvent arrivé de voir des expérimen-
tateurs atteints par les vapeurs d'acide chlorhy-
drique, je dois dire que jamais je n'ai rencontré
d'accidents assez sérieux pour mériter ce nom.
Tout se bornait à une rubéfaction plus ou moins
J'orte, suivie de desquamation de l'épidémie, mais
jamais de fièvre, ni de symptômes généraux d'au-
cune nature.
L'acide fluorhydrique jouit au contraire de pro-
priétés probablement toxiques. Nous en avons
pour preuve le triste sorl de ce préparateur de
BRULURES PAR LES GAZ ET LES VAPBURS. 15
l'École polytechnique, nommé Derosne (si nos
souvenirs sont exacts), lequel a succombé à la
suite d'accidents inflammatoires déterminés par
le contact de cet acide.
Nous avons, au laboratoire de chimie minérale
de la Faculté, observé un cas de ce genre, heu-
reusement suivi de gruérison, mais ayant néan-
moins inquiété les amis de l'honorable chimiste
auquel il est survenu.
Voici le fait auquel nous faisons allusion :
Pendant l'hiver de 1833, M. Je D r Lesueur, cher ries travaux
chimiques de la Faculté, m'avait l'ait préparer pour le cours de
chimie minérale, um: certaine quantité d'acide fluorhydrique.
Au moment rte séparer, devant l'audiloîre, l'allonge de plomb re-
courbée qui s'ajuste à frottement sur le cql de la cornue, et forme
récipient, afin de verser l'acide produit dans une capsule de phi-
line, M. Lcsueiir crut pouvoir se passer de mon aide, et essaya de
dégager seul le tube de la cornue. Iles vapeurs épaisses d'acide
se répandirent sur sa main, et lui causèrent instantanément u..e
douleur telle, qu'il Tut contraint de laisser l'appareil a demi dé-
monté et d'aller se plonger immédiatement la main dans
l'eau.
Malgré celte précaution, une brûlure au second degré fut la
suite de cet accident, mais celle affection locale, en apparence si
peu grave, fut suivie de symptômes alarmants.
L'inflammation se propagea de la face dorsale de la main, par-
tie en contact avec les vapeurs cormsives, jusqu'à l'avant- lira s
d'abord, et ensuite jusqu'au tiers supérieur du bras.
La lièvre s'était déclarée dans la sniré::; un subdelirinm se
manifesta bientôt, el pendant un septénaire au moins. M. Lenteur
rot en proie à de vives snulTçinces qui ne cédèrent qu'a un trai-
tement antiphlogistiqnc énergique, institué par un professeur de
16 ' BRULVRES PAR LES f}AZ ET LES VAPBURS.
la Faculté, que le malade avait l'ait appeler le soir même de l'ac-
cident.
Les symptômes s'améliorèrent peu à peu, mais la (juérison
se fit attendre un mois au moins.
Cet accident n'aurait pas eu les suites qu'on
vient délire, si M. Lesueur avait pris la précau-
tion bien connue de mettre nYs gants enduits d'un
corps gras, sur lesquels l'acide flunrhvdrique eût
été sans action.
Les vapeurs de brome paraissent présenter des
dangers analogues à ceux de l'acide fluorhydrique.
M. le professeur Isidore Pierre a longtemps
souffert de brûlures par le brome liquide, malgré
des lotions ammoniacales laites immédiatement
après l'accident.
L'observation 'qu'on va lire est le récit d'un acci-
dent arrivé an laboratoire de la Faculté, à l'un îles
préparateurs, qui m'a témoigné le désir de garder
l'anonyme.
Le i\ ilt-eeiulm: lKlil, à 3 heures et demie <ln soir, je montais
mi appareil pour la fabrication de l'étlier bromhydrique par l'al-
cool, le phosphore et le brome, dans le laboratoire de la Faculté.
La tmiifililé de brome destinée à ceLLe opération était de
l,ftSfl rcrnminus. Il était contenu dans uni; boule de verre munie
d'un tube effilé, destiné à le laisser tomber goutte à poulie sur
le phosphore.
A peiire le réservoir à brotn:; étail-il en place sur la fiole con-
tenant lt:s deux antres matières, 10.1c le brome, arrivant sur lu
phosphore par quantité trop grande peut-être, line forte pression
BRULURES PAR LES GAZ ET LES VAPEURS. 17
se fit dans la fiole, le bouchon sauta en brisant la boule qui le
surmontait, une flamme s'éleva rte la fiole à 3 mètres du Imuleur
et s'éteignit. La boule brisée, la fiole restant intacte, le brome
me jaillissait a la figure, et le laboratoire, rempli <'e sa vapeur,
était dans une obscurité complète, chargé naturel I émeut d'une
atmosphère asphyxiante au plus hauldegré. A trois mètres en-
viron Je l'opérateur étaient trois île ses amis, qu'où prévision
du danger il avait priés de se tenir à distance.
A ce moment de la rupture de la boule, il eut la force de leur
crier : « Sauvez-vous, vous ne pouvez rien. « En effet, aucun d'eux
ne pouvait l'apercevoir; ils sortirent un instant. Le garçon de
laboratoire était dans une pièce voisine ; le blessé, voulant lui de-
mander de ia potasse, put avec des efforts inouïs poussercr cri
inarticulé aô (voulant dire KO). En même temps il se jetait la tête
sous un large robinet d'eau froide, quelques secondes durant,
préoccupé avant toute antre des lésions qu'il pouvait avoir du
coté des yeux; car les vapeurs qui emplissaient ce laboratoire lui
firent juger urgent d'en sortir. Il alla au lavoir, où se trouve un
autre robinet. Se sentant la la bouche brûlante, haletant, il lira de
l'eau dans un verre et voulut en avaler quelques gouttes; rien,
absolument rien ne pat franchir l'isthme dn gosier; larynx et pha-
rynx, presque entièmnri;! [wr.ilys ;% n'admettaient l'introduction
tant défaillir, faute de respiration ; il s'y rencontrait avec le gar-
çon, qui apportait une terrine de lessive de potasse. Celui-ci,
toujours plein de ressources en pareille occasion, le fit asseoir
sur une chaise. En même temps, les trois amis franchissaient la
pièce, un peu moins chargée de vapeur, et tous l'entouraient de
leurs soins. Ou s'aperçut alors que le front, les paupières, le nez,
tout le visage, en un mot, étaient corrodés par le brome. Les
mouvements instinctifs doivent être bien rapides, les yeux n'a-
vaient rien. L'eau avait du reste beaucoup atténué les blessures
du visage.
On vit de plus, et le blessé aussi, la main gauche et la moitié
inférieure de l'avant-bras horriblement brûlés par le brome; et
sur l'avis du blessé ou ne vil pas d'inconvénient à laver ces par-
lies à la lessive île potasse.
De plus, les vêlements, chaussures, etc., avaient été inondés,
18
BRULURES l'AR LUS LIQUIDES.
mais notamment In jambe droite dit pantalon, à la hauteur du
genou. Le cnnlacl de l'étoffe ainsi imprégnée avait produit à
celle place um: plaie assez profonde de la hauteur de 15 centim.
environ. Même traitement ijue pour la main.
Pendant ce temps, l'angoisse du malade ne diminuait guère,
rl cha'iue inspiration, s ; on peut donner re nom à ses efforts,
n'apportait guère à ses poumons que quehpii-s cenlim tr.-s ciinn
d'air. Au bout de quarante-cinq minutes cependant, la respiration
se l'établit peu à peu, et il put avaler une gorgée d'eau. Sans
éprouver ni grande faiblesse, ni douleur trop vive, il fm recon-
duit chez lui et se mit au lit. Ses blessures furent pansées avec
de la charpie imbibée de glycérine, cl renouvelée trois fuis dans
la nui!. La douleur devin! nulle. Aussi le lendemain màtin, à
7 heures, tenlatl-il de se lever; il alla jusqu'à un balcon devant
sa fenêtre, mais là, saisi de i'roid et de lièvre, il s'affaissait, et,
seul, il cul tontes les peines du monde à ramper jusqu'à son lit,
qu'il ne devait plus quitter de cinq semaines.
L'appétit disparut sans transi Lion d'une façon absolut', mais
les douleurs restèrent insignifiantes. On continua les pansements
à la glycérine, les lavages à l'infusion de quinquina. Au bout île
huit jours, la main était comme cicatrisée, mais aussi comme
momifiée ; elle avait augmenté de volume, les articulations étaient
absolument roules, la couleur était marron : c'était une main de
bois. Cette roideiir ne commença à disparaître qu'un mois après
Le genou fut plus \ ite guéri, quoique, ou peut-être parce que,
Bref, au bout de cinq semaines le malade put tenter quelques
petites sorties, le bras en écliarpe.
L'air ramena vite les forces, mais au poignet les cicatrices
restèrent.
BRULURES l'AJl LES LIQUIDES.
Las accidents de cette nature sont malheureu-
sement Irop fréquents. La plupart doivent être
Diïtizod bv Co
BRULURES PAR LES LIQUIDES. 19
attribués à la distraction ou à la négligence des
opérateurs. Ainsi, très-souvent des jeunes gens
inexpérimentés versent de l'alcool dans une lampe,
sans prendre la précaution de l'éteindre aupara-
vant; j'ai été vingt fois témoin de cette impru-
dence, qui passe généralement inaperçue, tant
elle paraît impossible.
Dans d'autres circonstances, un tlacon d'alcool
ou d'éther, brisé par une cause quelconque, vient
répandre son contenu sur un fourneau ou une
lampe allumée, et l'on conçoit les malheurs qui
peuvent on résulter. Tous les chimistes ont présent
a la mémoire le nom tristement célèbre de Poly-
dore Boullay, l'un des plus actil's collaborateurs
de Dumas, mort à 29 ans des suites dus brûlures
que lui avait faites l'éther enflammé d'un flacon
brisé entre ses mains {Journal Je chimie et de phar-
macie, 1835, t. XXI, p. 382).
M. Mansfîeld s'est affreusement brûlé, en sou-
mettant à la distillation fractionnée les hydro-
carbures de la houille.
Mon ami, le D T Méhu, pharmacien en chef
de l'hôpital Necker, a failli devenir borgne, en
versant de l'acide sulfurique dans un liquide.
Son attention était portée ailleurs à ce moment,
el plusieurs gouttes d'acide pénétrèrent dans son
œil.
URULUIiES PAR LES LKjUIDBt
Enfin tout récemment, le préparateur anonyme
dont nous avons parlé il n'y a qu'un instant, n
risqué de perdre la vue en faisant une expérience
sur l'alcool amylique. Voici du reste l'observation
qu'il a bien voulu nous communiquer à ce sujet.
Nous retrouverons, en nous occupant des explo-
sions, un certain nombre de faits de ce retire.
La 2!) juin 1866, en [entant l'oxydation de l'alcool amylique
par la potasse, la réadmit devint si violente que le vase vola en
éclats, et j'eus la maie chance d'être louché, et de n'être louché
qu'au front et aux yeux.
Je nie précipitai sous le robinet d'une pompe, niais un quart
d'heure après je n'y voyais plus rien. Les soins ou ne peut plus
bienveillants de MM. Sappey, Trélal et i'ollin, soins dont je ne?
.sais vraiment comment m'acquitter, me sauvèrent. L'accident
avait lieu a midi, M. Sappfiy était auprès de moi à 1 heure; ù
10 heures et demie du soir seulement, M. Trélat pouvait porter
mi diagnostic certain et m'éclairer sur le peu de gravité de cet
accident. Le traitement avait été des plus simples : sur les in li-
cations de M. Sappey, affusions continues d'eau froide sur les
deux yeux jusqu'au lendemain; le soir, diagnostic si rassurant
de M. Trélat; le lendemain, visite de M. I'ollin, et sursoit avis,
application d'une ventouse à chaque tempe. Au bout de trois
jours, la vue était aussi lionne qu'auparavant. Les érosions du
frunt en pareil cas demeuraient nalurellemeiH insignifiantes et
inaperçues.
11 est enfin un liquide dans la préparation du-
quel il faut agir avec la plus grande prudence, à
cause de son excessive tendance à s'enflammer.
C'est le cacodyle de M. Bunsen. (V. Annules île chi-
mie et de pharmacie, 1K42.)
□igifeed t>y Google
BRULURES PAR LES SOLIDES.
BRULURES PAR LES CORPS SOLIDES.
Toutes les substances susceptibles de déflagra-
tion peuvent causer des brûlures; il suffit, en gé-
néral, d'être prudent pour s'en préserver. Quel-
quefois cependant, sur la foi de certains auteurs,
on peut tenter une opération dangereuse.
Dans la dernière édition d'un ouvrage de chi-
mie justement célèbre, il est dit que le seul moyen
de purifier le zinc en le privant de l'arsenic qu'il
peut contenir, consiste à le pulvériser et à le mê-
ler avec de l'azotate de potasse, On doit fondre
ensuite le mélange el le laisser refroidir.
Or, il y a déflagration bien avant la fusion.
Celte expérience, faîte sur 20 grammes de zinc
seulement, a brûlé fortement la main de l'expéri-
mentateur.
Le corps solide, doué par excellence de la pro-
priété de causer des brûlures, et des brûlures très-
douloureuses , est le phosphore. Il s'enflamme
spontanément à l'air par le simple frottement, ou
une légère élévation de température, en donnant
lieu à de l'acide phosphorique. On trouve l'obser-
vation suivante dans le Traité de toxicologie d'Or-
fila.
Pelletier père, ayant laissé par mcganle dans sa poche du
phosphore envelopp'; rîam rl n papier, eut la cuisse tellement
brûlée, qu'il tarda six mois h se rétablir, quoiqu'il eût été promp-
ment secouru.
1866,-Thelmier. 2
22 BRULIJltlîS PAR LE3 SOLIDES.
J'ai moi-même, aux manipulalions chimiques
de l'Ecole' pratique, été témoin d'un fait de ce
genre. Un de nos élèves avait dérobé un morceau
de phosphore et l'avait mis dans la poche de son
pantalon ; le phosphore prit bientôt feu, et le pau-
vre g-arçon, affreusement brûlé, fut encore très-
heureux de ne perdre qu'un testicule.
Le D r de Pon levés, mon ami, décrit spirituelle-
ment dans l'observation suivante une brûlure par
le phosphore dont il a été victime, mais qui, fort
heureusement pour lui, n'a pas eu de suites aussi
sérieuses.
Parmi les dangers qu'on court dans les laboratoires, permet-
tez-moi de vous en .siRiialer un, auquel vous n'avez peut-être pas
pensé, el dont j'ai été la victime: c'esi celui d'avoir auprès de
soi des aides inintelligents, on îles oflieieux pins zélés que pru-
dents. En 1838, je travaillais, comme élève, dans le laboratoire
de la Faculté; j'avais un jourà préparer du protochlorurc de
phosphore; j'avais déjà introduit 30 grammes de phosphore en
petits morceaux dans une cornue en verre tuhulée, quand mon
phosphore s'enflamma spontanément dans la cornue; je m'ap-
prêtais à jeter le tout dans le baquet, et c'était bien ce qu'il y
avait de plus simple à faire; mais un autre élève, voulant montrer
sa science sur la théorie de la combustion, s'imagina de boucher
avec ses pouces le col et la tubulure de nia cornue, il réussit en
cfïel ù éteindre la flamme ; mais, ce qu'il n'avait pas prévu, le
phosphore s'éiail fondu et volatilisé en partie à l'intérieur, et vint
à couler sur le doigl'iui fermait le col; instinctivement il relira
la main, il y eut projection, et je reçus tout le liquide enflammé
a la hauteur du sein droit. J'étais littéralement couvert de
flammes. M. Itfgou, préparaleur de la Faculté, me fit coucher à
terre et m'inonda d'eau. Mon paletot d'hiver m'avait préservé;
BRULURES l'A R LES SOLIDES. 23
j'en fus quitte pour une brûlure à In cuisse, et une autre ^ la
main. Celle-ci mil deux mois à se guérir.
C'est surtout en moulant le phosphore dans des
tubes do verre, que se produisent les accidents les
plus communs. On sait que l'opérateur aspiré
dans ces lubes le phospore maintenu en fu-
sion par de l'eau à + £5 degrés. Or, il arrive
souvent que le phosphore pénètre dans la bouche.
Le moyen d'éviter un pareil malheur consiste à
aspirer d'abord dans le tube une certaine quantité
d'eau. De celte façon, on est averti quand ee li-
quide arrive jusqu'à vos lèvres, et on peut arrêter
à temps l'opération. Orfila, dans son Traité de
Toxicologie, cite le fait suivant :
M. Délis, en moulant du phosphore dans des tubes, aspira le
liquide sans ménagement ; le voile du palais fut cautérisé.
M. Isidore Pierre veut bien à ce sujet m'écrira
de Gaen :
En 1833, en moulant du phosphore, une certaine quantité de
phosphore fondu a pénétré dans ma bouche en même temps
qu'une certaine quintilé d'eau. Le fait a eu lieu au collège
Henri IV, à Paris. J'ai fait un faux mouvement, résultant de l'obli-
gation de surveiller une classe nombreuse, tout en Taisant mes
expériences. J'en ai été quitte pour la peur, parce qu'il s'est
trouve sous ma main une caisse pleine d'eau, dans laquelle je me
suis plongé la [file à mollit!, pour expulser environ 2 grammes de
phosphore liquide.
D'après M. Malag'uti, on amoindrit l'effet de
brûlures par le phosphore, en lavant sans cesse,
24 BRULURES PAR LES SOLIDES,
dans les premières heures surlout, avec une eau
légèrement alcaline, contenant de la magnésie en
suspension, ou de la craie ou de la cendre. On a
aussi proposé de plonger, s'il est possible - , la
partie brûlée dans une solution étendue d'eau de
javelle tenant eu suspension un peu de magnésie.
— En cinq minutes, les douleurs disparaissent, et
l'on n'aperçoit plus à l'air ni vapeurs ni phospho-
rescence.
A côté du phosphore vient se placer le colon-
poudre, eu égard à la fréquence des brûlures cau-
Parmi les nombreuses observations que nous
avons pu recueillir à ce sujet, nous nous borne-
rons h citer la suivante :
BRULURE PAR LE COTON-POUDRE,
En 1853, je fus appelé dans la soirée auprès
d'un jeune homme de ma connaissance qui venait
de se brûler grièvement le visage et les mains
avec dû coton-poudre dans les circonstances sui-
vantes :
Préparateur du laboratoire de chimie de MM. V. et F., Ku-
jjtue D... avait eu a remplir une caisse de fui mi -coton récem-
ment préparé. Il clait nuit alors, et la pièce où se trouvait ce
jeune homme était éclairée par une lampe placée sur la table ou
il travaillait, a une distance d'environ 40 à 50 centimètres de la
substance inflammable.
Toul à coup il se vil entouré d'une grande flamme; ses mains,
BRU LUE
2o
à ce moment remplies de coton-poudre, sou visage, ses rils, ses
cheveux étaient brûlés. Il se précipita ininieiliuieiiicnt sous le jet
de la fontaine qui se trouvait dans la cour, prés de la porte du
laboratoire, et parvint à éteindre le feu qui déjà avait atteint une
partie de ses vêtements.
Je me rendis auprès de lui deux heures environ après l'acci-
dent; et, en attendant l'arrivée de mon ami, le D r Coffin, que
j'avais fait prévenir, je fis faire des onctions sur les parties brù-
cident qu une vive rongeur de la peau
rougeur qui ne disparut que longtemps
courant d'air,
t peut-être
suréchauffés jusqu'à 200° ; c'est évidemment ce qui arrive lors-
qu'on présente un peu de coton-poudre au-dessus d'un brasier,
à une hauteur telle que la main n'en ressente qu'une température
douce, le coton s'enflamme, taudis qu'il résiste à la température
de 100° sur une plaque chauffée par l'eau bouillante ou par la
vapeur ; il serait plus prudent de faire la dessiccation par un cou-
rant d'air froid ou seulement à &">" centésimaux. (Payen, Chimie
industrielle. 3 e édit., 1855, p. 503.)
Dans le cas précédent, un courant d'air sur-
échauffé aura probablement enflammé le lulmi-
eoton, sans que D en ait eu conscienr .
DEUXIÈME CLASSE
DES EMPOISONNEMENTS
Nous avons dit en commençant, que les as-
phyxies étaient assez rares dans les laboratoires,
pour que nous n'ayons pu en trouver aucun
exemple dans les journaux el les recueils scienti-
fiques. Ce fait esl d'autant plus singulier, que les
chimistes sont continuellement exposés à respirer
l'acide carbonique se dégageant de leurs four-
neaux, el une foule d'autres g'az impropres à la
respiration, répandus en grande quantité dans
les endroits consacrés à leurs études.
Malheureusement ïl n'en est pas ainsi des em-
poisonnements, et nous allons bientôt en eiler des
observations bien affligeantes.
Toutefois, pour être fidèle au plan (pie nous
nous sommes Iraeé, nous parlerons d'abord des
irritations produites pur Faction de certains gaz sur les
organes respiratoires.
Il n'est pas un chimiste qui n'ait élé incom-
modé par l'inspiration de vapeurs ou de gaz irri-
tants; les vapeurs de brome, celles de g'az acide
chlorhydrique, etc., donnent souvent lieu à des
coryzas et à des quintes d'une toux fatigante; mais
un corps surtout jouit de ces propriétés à un très-
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DES EMPOISONNEMENTS. * 27
haut degré : c'est le chlore, soit à l'état gazeux,
soit à l'état de dissolution dans l'eau.
Plusieurs fois, après être resté un certain temps
exposé aux émanations de chlore, j'ai moi-même
craché du sang et éprouvé de vives angoisses en
respirant. Il semble que les muscles du thorax
refusent d'obéir à l'action des nerfs, en même
temps que la muqueuse des bronches est le siège
de vifs picotements ; les yeux larmoient, et cet
état dure en général une heure ou deux.
II n'en est pas toujours ainsi, et je me rappelle
un de mes amis, le D r Dingé, auquel je donnais
des leçons de chimie, quelques jours avant qu'il
passât un examen sur cette matière. En préparant
du chlore, il éprouva des accidents tellement sé-
rieux qu'il fut obligé de rentrer chez lui, et de se
soumettre à un traitement qui le retint pendant
plusieurs jours au lit.
L'action prolongée des vapeurs de chlore sur la
muqueuse pulmonaire ne doit pas être étrangère,
sinon à la production des tubercules, du moins à la
rapidité de leur développement quand ils existent
déjà dans le poumon. Le doute est permis; toute-
fois, j'en -ai malheureusement vu un exemple
dans ma famille. Le D r Emile Humbert, mon pa-
rent, chimiste distingué , connu dans la science
par des travaux faits en commun avec M. Fon-
viellc sur un nouveau système de pile électrique,
et des études fort curieuses sur l'iodoforme, est
mort phthisique avant l'âge de 30 ans.
28 DES EMPOISONNEMENTS.
Or, à l'époque où nous donnions ensemble des
répétitions de chimie dans notre laboratoire com-
mun, je l'ai vu, bien que déjà malade et connais-
sant à peu près sa position, rester exposé, malgré
mes conseils et ceux de ses amis, a des émanations
de chlore produites par des expériences particu-
lières, qui réclamaient l'intervention prolongée de
cet agent. Après chacune de ces expériences, sa
toux et son crachement de sang- augmentaient
d'une manière notable. L'effet inverse se produi-
sait quand il interrompait ses travaux.
Les lignes qui précèdent mettent suffisamment
en évidence l'action des vapeurs du chlore. L'ob-
servation suivante, duc à la plume élégante de
M. Lasèguc , professeur agrégé de la Faculté de
médecine, et médecin des hôpitaux, sera en même
temps une bonne fortune pour le lecteur, et un
avertissement sur le danger qu'il y a de respirer
sans précaution le chlore dissous dans l'eau.
OBSERVATION DE M. LASÈGUE. — INDISPOSITION GRAVE
PRODUITE PAU l'inspikation DE VAPEURS DE CHLORE.
A l'époque oh .je commençais mes éludes en médecine, je fus
chargé <!e remplacer pendant quelques semaines le préparateur
du cours do chimie professé an collège Louis-le-GraruI par
M. TMtlaye.
Mon prédécesseur, malade, n'avait pu me donner que des
reiibci jïtienif :ils très-iiicomplels cl avait été furcé de né|;l.j;er ses
fondions. J'entrais dans un laboratoire où mon premier soin
devait être d'apporter un peu d'ordre.
Parmi les flacons non étiquetés, il s'en trouvait deux d'une
DES EMPOISONNEMENTS.
29
coolenance moyenne de 2 à 3 litres, fermes avec des bouclions
de liège et qui semblaient vides. Avant d'en faire usage, j'en
débouchai un eljc voulus m'assurer qu'il n'avait contenu aucun
produit reconnaissable à son odeur. Le flacon était plein de chlore
gazeux, parfaitement incolore par suite de l'exposition à l'air ;
j'inspirai brusquement sans précaution une quantité de gaz qui
déliassait de beaucoup celte qu'on aurait osé risquer dans l'inha-
lation la plus hardie. Les sensations et les incommodités que j'en
ai éprouvées furent extrêmement pénibles, mais n'entraînèrent
aucune conséquence grave. J'ai ces accidents tellement présents
à l'esprit que je puis les décrire comme s'ils s'étaient produits il
y a peu de temps.
Chaleur ardente s'etendant des fosses nasales à l'arri ère-gorge
sans sécrétion. Le flux calarrhal n'a débuté que deux jours plus
tard. Larmoiement, vive rougeur des conjonctives.
Au bout de quelques minutes, étouft'emenl, sensation de con-
striclion de la poitrine sans dyspnée vraie. La toux probablement
laryngée et sèche, incessante, analogue comme timbre à la loux
pleurétique. Les accès sont si rapprochés qu'il ne s'écoule pas
dix secondes sans un effort ; une luis commencée, la toux con-
tinue non interrompue pendant soixante-douze heures le jour et
la nuit. Le sommeil est impossible, l'alimentation assez difficile
pour qu'il ne puisse être ingéré que ries cuillerées de boisson ;
pas d'expectoration.
Après ce long inalaise, les quintes de loux s'éloignent; elles
sont plus vibranles et suivies <l: l'expulsion d'un mucus granulé.
La bronchite se prolonge pendant une semaine, mais bien au
delà de ee temps le larynx garde une extrême susceptibilité. La
moindre poussière, le vent, déterminent un accès de loux avec
une demi-suffuctlion. La voix n'était ni éleinle, ni rauque et n'a
pas été modifiée dans son timbre.
L'irritation, quelle que fût son étendue, qu'elle ait pénétré
plus ou moins profondément dans les bronches, était sans ana-
logue pathologique. A aucun moment il n'y eul de mouvement
fébrile : mais, pendant les premières heures, le malaise général
exagéré, pcut-élre par l'inquiétude, était si énorme qu'il m'était
impossible d'exécnler le moindre mouvement, sans être pris
d'une angoisse thoracique insupportable.
30 DES EMPOISONNEMENTS. — MOYENS oÉNÉHAUX.
Les vapeurs d'acide hypoazotique ne sont pas
sans danger. Orfda (Traité de Toxicologie, p. 188)
rapporte deux cas de mort occasionnes par elles.
L'autopsie a pu être faite. Il est regrettable que
les limites que nous nous sommes imposées ne nous
permettent pas d'en reproduire les détails. Nous
avons cité, du reste, la source où on pourra les
trouver.
MOYENS GÉNÉRAUX DE ['REVENIR LES EMPOISONNEMENTS
DANS LES LABORATOIRES.
Il serait fort difficile de tracer des règles posi-
tives à cet égard. Presque tous les accidents de
cette nature sont dus à un défaut d'attention, ù
l'ignorance des propriétés délétères d'un corps peu
ou mal connu, ou bien à la distraction d'un pro-
fesseur dans la chaleur d'une démonstration.
Un exemple célèbre de cette espèce va bientôt
trouver place un peu plus bas, c'est l'empoisonne-
ment bien connu deThénard avec du bichlorure
de mercure.
Les empoisonnements pur les gaz peuvent être
prévenus, en opérant dans un laboratoire parfaite-
menlaeré, et dans lequel, à l'aide d'un tirage par
les cheminées, ou bien un ventilateur, l'air peut
être renouvelé facilement.
Les empoisonnements par les solides doivent être
excessivement rares. J'ai bien rencontré quel-
ques chimistes se rappelant avoir été légèrement
incommodés, pour avoir goûté des substances in-
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EMPOISONNEMENTS PAR LES GAZ F.T LES VAPEURS. 31
colores afin de les reconnaître. J'ai moi-même
éprouve quelques vertiges, après avoir respiré lar-
gement du cyanure de potassium, dont un coryza
m'empêchait de reconnaître immédiatement l'o-
deur pénétrante. Cependant, il serait à peine expli-
cable de voir des expérimentateurs s'empoisonner
avec des corps solides sans en avoir l'intention bien
arrêtée. Les émanations délétères produites par
ces substances produisent des accidents, qu'on peut
facilement ranger parmi ceux occasionnes par les
gaz et les vapeurs.
EMPOISONNEMENT PAR LES GAZ ET LES VAPEURS.
Les gaz doués de propriétés vénéneuses sont
assez nombreux. C'est à tort toutefois qu'on a
pu les attribuer à l'hydrogène. Nous ne croyons
l'observation rapportée par M. Malaguti dans le
premier volume de son Traité de Chimie (Paris,
18G3; page Gl). Ce savant, du reste, cite le Tait
comme une exception, et n'en conclut nullement
que l'hydrogène soit un poison. 11 le considère
tout simplement comme un gaz impropre à la res-
piration, au même titre que l'acide carhonique,
par exemple.
Voici comment il s'exprime à ce sujet :
L'hydrogène, bien <|u'improprc à h in spiration, c'est pas délé-
tère, ainsi iju'on lu cru dans un temps ; il peut asphyxier, mais
il n'empoisonne pas. Cependant, il y a quelques années, un chi-
32 EMPOISONNEMENTS PAK LES GAZ ET LES VAPEURS.
miste anglais expérimenta sur lui-même pour savoir jusqu'à
quelle limite on pnnvnit respirer impunément l'hydrogène :
l'expérience était à peine commencée qu'il fui saisi d'un malaise
fîéncral et une stupéfaction complète se déclara bientôt: au bout
île quelques heures, il mourut victime de l'imprudence.
Imprudence, ai-je dit, car d'autres expérimentateurs ont res-
piré de l'hydrogène, sans conséquences funestes, probablement
parce qu'ils se sont arrêtés à temps.
Pour tirer do ce récit une conclusion utile, il
serait d'abord nécessaire de savoir si l'hydrogène
respiré par la victime était pur. Le zinc qui avait
servi à sa préparation ne contenait-il pas une cer-
taine quantité d'arsenic? Alors, l'empoisonnement
ne serait plus dû à l'hydrogène lui-même, mais à
l'hydrogène arsénié. Ces considérations semblent
avoir échappé à l'habile doyen de la Faculté des
sciences de Hennés.
Les réflexions précédentes nous amènent natu-
rellement à nous occuper de ce dernier gaz, un
des plus dangereux parmi ceux qu'on prépare
dans les laboratoires.
EMPOISONNEMENTS CAUSES PAR l'hYDROQBNB ARSÉNIÉ.
Soit que l'on traite une substance suspecte dans
l'appareil de Marsh de façon à produire de l'hy-
drogène arsénié, ou qu'on prépare ec gaz pour
l'élude, il ne faut pas oublier que, dans certains
cas, il a causé la mort de chimistes niCme expéri-
mentés.
Orfile, dans son Traité de toxicologie, t. II, p. 735,
EMPOISONNEMENTS PAR LES GAZ ET LES VAPEURS. 3^
rapporte ainsi un accident célèbre dans la science,
je veux parler de la mort de Gehlen :
Le gaz hydrogène arsénié est excessivement délétère et agit à
l'instar des préparations arsenicales. Au mois de juillet 1815,
Gehlen s'occupait avec M. ttulliand de recherches sur l'action
réciproque de l'arsenic et de la potasse. Une très-faible propor-
tion d'hydrii;;èin: arsénié fut inspirée par (ichleti durant ses expé-
riences. Au bout d'une heure il survinL des vomissements consi-
dérables s'accompagnaot de Frissons et d'une grand;: faiblesse.
Ces symptômes ne firent ijue s'accroître, jusqu'au neuvième jour
où la mort survint au milieu de souffrances épouvantables. (An-
nales de physique et de chimie, t. XC, p. 110.)
Un nouvel exemple de ce g-enre d'empoison-
nement s'est produit en 1863, dans des conditions
analogues. Il a élé observé dans le service de M. le
professeur Piorry, fi l'hôpital de la Charité, par
M. A. Ollivier, qui en a fait le sujet d'une com-
munication à la Société de biologie.
La Gazette des hôpitaux, a laquelle nous emprun-
tons cette observation, pense avec raison que c'est
la plus complète qui ait été publiée jusqu'ici. Les
symptômes, le traitement et les lésions constatées
à l'autopsie, y sont relatés avec détails. Aussi,
nous a-t-elle paru mériter d'être publiée à peu
près entièrement, malgré son étendue. La victime
était un jeune homme de 22 ans qui se livrait à
des recherches sur l'aniline.
Dans une de ses expériences, B... développa une quantité
assez grande d'hydrogène arsénié, qui se répandit dans l'atmo-
sphère du laboratoire (il était sept heures du malin). Une heure
34 EMPOISONNEMENTS l'Ali LKS GAZ ET LES VAPEURS.
après environ, il ressentit un assez violent mal de Ifilc qui le
força d'ouvrir la fenêtre pendant quelques instanls. Il reprit en-
suite son travail, qu'il continu;) environ deux heures. A dix heures
et demie, il prit son repas sans ressentir rien de particulier. Lut:
heure après, le mal de lêle augmenta, des douleurs se décla-
rèrent au niveau de l'épigasLre, puis survinrent des vomissements
de i; auères al mi en Lui res.
Le malade se iil transporter à l'hôpital de la Charité. Pendant
le trajet, il vomit Irois fois des matières alimentaires. A son en-
trée, voici ce que l'on constata:
l'ace pale, lèvres décolorées, marche difficile, céphalalgie fron-
tale Irès-inteuse, douleur spontanée très-forte vers les lombes ;
sentiment de ennslricliou à la hase de la poitrine, respiration
accélérée ; pas de toux, pas de râle a l'auscultation, sonorité nor-
male; soif vive, nulle douleur abdominale spontanément, ni à la
pression. Les extrémités sont froides. Aucun trouble des sens.
On prescrit pour traitement : sinapïsmcs; frictions avec baume
de Fioraventi; boules d'eau chaude; vin diurétique; tisane ordi-
naire avec acétate d'ammoniaque, 15 grammes par litre; lave-
ment purgatif avec follicules de séné, 12 grammes, et sirop de
Nerprun, 00 grammes pour 500 grammes d'eau.
Au bout d'une demi-heure environ, le malade se réchauffe,
une légère moiteur s'établit par tout le corps ; la respiration de-
vient plus facile. [Néanmoins, le malade accuse toujours une cour-
bature générale, et surtout des douleurs lombaires. La molilité
ne semble point altérée. Le pouls esta MO pulsations, assez plein
et régulier. Le foie est douloureux à lapalpation.
Vers cinq heures, le malade rend deux garde-robes fétides et
abondantes; quelque temps après, émission sans douleur d'en-
viron 220 grammes d'une urine rouge, dans laquelle l'examen
microscopique ne permet pas de trouver un seul globule de sang.
Vomissements verdatres provoqués par la moindre quantité de
boisson.
Vers dix heures et demie, la céphalalgie est plus intense et la
face animée; les conjonctives sont injectées. Pouls fort et fré-
quent. Parole embarrassée, réponses lentes. On pratique une
saignée de 500 grammes, qui est suivie d'un soulagement presque
immédiat. La céphalalgie diminue, ainsi que la douleur lombaire.
EMPOISONNEMENTS l'A H I.F.S ftAZ ET LES VAl'EUItS. 35
idîO respirations, pouls à fl.'i. Cependant les vomissements ronti-
nuenl, et aucune boisson ne peut être supportée.
A une heure du matin, M. l'iorry estanpelé et trouve le malade
dans l'état suivant:
Face colorée, peau chaude, pouls a 100 pulsations, réf[iilier,
assez développé ; intelligence intaclc, réponses lucides. Les vo-
missements ont cessé; M. l'iorry prescrit: boissons à Itaules
doses et irrigations du rectum répétées. Un nouveau lavement
purgatif est donné vers trois heures, puis un bain. Le malade se
trouve un peu mieux après, quoique encore extrêmement fatigué.
Le jour suivant, !a lace est d'un jaune terreux, la peau sèche,
lepoulsalOt; langue sèche, soif vive; air d'hébétude; il existe
une congestion pulmonaire en arrière; le malade n'a point uriné.
Le troisième jour, le malade est plongé dans l'assoupissement
et dans l'apathie; les conjonctives sont de nouveau injectées;
diminution très-notable des urines, qui conservent ieur coloration
rougeatre.
Le cinquième jour, après un mieux apparent et passager, l'état
général s'aggrave notablement. Les urines sont de nouveau sup-
primées ; la langue et les lèvres sont recouvertes d'un enduit fuli-
gineux; la peau est d'une coloration bronzée; le pouls devient
imperceptible, la respiration s'accélère et s'embarrasse ; l'intelli-
gence est anéantie. La mort survient dans la soirée.
A l'autopsie, on n'a constaté d'autre lésion qu'un élat de con-
gestion du foie, sans altération des cellules hépatiques, le ramol-
lissement de la raie et une augmentation de volume du rein avec
injection de tout l'organe très-prononcée, surtout dans la sub-
stance tubulcuse, et un état granuleux des cellules des deux sub-
stances.
Les symptômes, comme on peut le voir par les détails qui pré-
cèdent, ne diffèrent pas sensiblement de ceux que produisent en
général lous les composés arsenicaux, à cela près toutefois des
symptômes d'action locale, qui ne pouvaient avoir ici leur raison
d'êire. C'est le type de l'intoxication générale d'emblée, de l'in-
toxication par absorption pulmonaire. On remarquera que, dans
ce fait, comme dans celui qu'a cité Orfila, la durée de la lutte a
éb; plus longue qu'elle ne l'est en général dans les empoisonne-
ments par l'acide arséiiieux. Le chimiste Geblen n'est mort que
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36 EMPOISONNEMENTS PAR LES GAZ ET LES VAPEURS.
le neuvième jour, et le malade de M. l'iorry le quatrième, tandis
que, dans les cas d'empoisonnement par l'acide arsénieux, la mort
arrive le plus souvent de la fin du premier nu troisième jour. (Ga-
zette des hôpitaux, samedi 31 octobre 1853'.
La partie chimique de cet empoisonnement,
c'est-à-dire l'analyse du sang-, de l'urine et des
matières vomies, a été faite par M. Fordos; mais-
les résultats n'ont pas encore été publiés, et doivent
faire partie d'un travail sur les empoisonnements.
M. Fordos a bien voulu me communiquer les
principaux faits qu'il a observés.
Sang. Le sang était altéré; il présentait ait microscope ries
globules déformés, et le sérum était coloré en rouge par de la
matière colorante tenue en dissolution, il contenait des traces
d'arsenic.
Urine. L'urine était d'un rouge intense et ressemblait à du
sang-, mais à l'examen microscopique on n'apercevait pas de glo-
bules sanguins; cependant sa coloration était duc a la présence
de l'iiématosine; elle était d'ailleurs très-albnmineuse; elle ne
renfermait que très-peu d'urée : elle, était légèrement arsenicale.
Matières vomies. Les matières ou plutôt les liquides des vomis-
sements étaient d'un vert clair; ils contenaient du mucus et de
la matière colorante verte de la bile.
L'analyse n'a pas indiqué la présence de l'arsenic.
Malgré la singularité de quelques détails, nous
terminerons nos citations sur l'hydrogène arsénié
en puisant dans un journal allemand l'observation
suivante:
Un jeune homme de 31 ans, parfaitement bien portant, appro-
cha le nez île l'ouverture d'un tube de dégagement de trois lignes
de diamètre, d'un appareil de Woolf, dans lequel se trouvait
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KMI'OISONNRMESTS l'AR LES C.AZ ET LES VAPEURS. 37
de l'hydrogène arsénié. 11 respira avec précaution pendant une
seconde. La quantité d'arséuiure de zinc consommée montait a
10 grains. Après quarante minutes, il flaira encore une fois,
n'ayant éprouvé aucun effet de la première. Au bout de trois
heures, il sentit un vertige en montant un escalier, et il fut obligé
de se tenir aux murs. Dans la marche de niveau moins de vertige,
et pas du tout à la descente. Après quatre heures, froid dans tout
le corps, pesanteur aux reins, s'étendant jusqu'entre les omoplates.
Douleurs dans les genoux; froid aux extrémités. Après cinq
heures, douleurs lancinantes à l'est"-.) "c, renvois continuels sans
atténuation des douleurs, vomissements île mucosités amères
d'un jaune verdatre, urines sanguinolentes, coloration jaune-
brun de tout le corps, insensibilité des mains, des pieds du
nez et de la région superciliaire, avec cessation du pouls et crainte
delà mort. Après huit heures, sueur à la suite d'une ingestion co-
pieuse de boissons chaudes, avec retour de la vie dans les parties
devenues d'abord insensibles, arnimprigrié de démangeaisons vio-
lentes i:t d'éternuments. Le second jour, continuation de tous ces
symptômes. Tous les poils des parties qui avaient élé insensibles
Ct les sourcils xtmt (trreitus iitiiiux. O.i preliil mnipxcs suif, avec
frict. («s. Le troisième jour, douleurs intestinales périodiques et
lancinantes; pleurs, soupirs violents. Fortes douleurs de reins.
Copieuses fiatuosités avec constipation. Absence de sommeil
et excitation morale; absence de force. Le cinquième jour,
teint encor.; jaune foncé, figure défaite, urines tanguinolmUi,
lw douleurs intestinales reparaissent rarement et se concentrent
autour de l'ombilic, soupirs périodiques durant des heures en-
tières ; plusieurs selles. Le sixième jour, sentiment d'inertie
complète dans le bas-ventre, comme si telle partie était trans-
formée en pierre; urine suit,* coloration sanguine. Le septième
jour, teint blanc; les sourcil* de blancs redeviennent bruns;
sensation de pesanteur et d'étourdissement dans la tète, accom-
pagnée de déchirements. Douleurs insupportables dans le dos,
diminuant lorsque le malade est assis. Démangeaisons dans les
bras et dans les jambes. Assoupissement; sommeil léger et in-
quiet. Le huitième jour, douleurs insupportables dans le dos,
forçant le malade à garnir tout haut. A partir de ce moment,
améliration chaque jour plus sensible. Après trois semaine!,
1806. — TLelmier. 3
3H EMPOISONNEMENTS PAR LES IrAîl ET LES VAPEURS.
beaucoup île petits abcès an prépuce et au fflaud, formés rie petites
pustules remplies île pus. La juiérison fut complète. (Schneider
dans Tlwrer lieitraege i'ih (iebiett der I/oJiineojiathie, t. IV, cahier 3,
1840.)
Le fait de la sanguinolenre de l'urine s'est re-
produit dans plusieurs autres eus, notamment dans
celui de la Charité.
Il est utile de prévenir ici les jeunes chimistes
que, dans la production de l'hydrogène arsénié
dans l'appareil de Marsh, il se présente très-sou-
vent, outre les dangers d'empoisonnement, des
explosions tenant, en général, à ce qu'on n'a pan
donné à l'air le temps de sortir de l'appareil,
avant d'enflammer le gaz au sortir du tube, afin
de recueillir les taches arsenicales.
Qu'il me soit maintenant permis de hasarder
un conseil. Ne serait-il pas prudent, lorsqu'on
laisse se répandre dans l'atmosphère qui vous
environne une certaine quantité d'hydrogène
arsénié, de faire dégager un peu de chlore, afin
de décomposer le gaz vénéneux? Que peut-on
craindre dans ce cas? Un peu d'irritation des
voies aériennes. Mais doit-on mettre en paral-
lèle le danger d'une indisposition légère, avec
celui d'un empoisonnement presque toujours
mortel ?
Digitizod b/ Google
LMl'OISoXNEMKXTS PAR LES UAZ ET LES VAPEUfl". 3U
EMPOISONNEMENT PAR b' ACIDE CYANHYDRIQ Ue! .
Je dois ù l'oblig-eauce de mon ami Maliot, in-
terne distingué des hôpitaux, la communication
de l'observation suivante, qu'a bien voulu lui
adresser le professeur éminent de l'école de Nantes,
M. le D' Pihan-Dufeillay, sur un cas d'empoison-
nement par l'acide prussïque, dont ce docteur a
failli être lui-même la vietime :
. . . . Je faisais uae leçon sur l'acide cyanhydrique, et je te-
nais à la main un («lit flacon bouché à l'émeri, dans lequel se
trouvaient environ i grammes d'acide cyanhydrique, que j'avais
préparé d'après le procédé de ftay-Lussac.
Dans la chaleur do la démonstration, et t;n parlant de l'odeur
caractéristique qu'exhale cet acide, j'approchai sans trop d'at-
tention le flacon rte mes narines, oiihliani que la température rte
nia main, secondé»! par celle du mois de juillet, devait avoir né-
cessairement favorisé la volatilisation d'un corps qui, comme
vous le savez, entre en ébullition, alors qu'il est pur, à + 2ii°.
La tension de la vapeur hydrocynnique avait légèrement soulevé
le bouchon du flacon ; aussi à peine ens-je perçu l'odeur et res-
piré quelques molécules de l'acide, que je devins pâle; un malaise
indéfinissable accompagné d'oppression des forces elde diificullé
de respiration, se répandit dans tonte ma personne ; je ressentis
on violent vertige, et je tombai en défaillance siiriin fauteuil qui
était placé près de moi ; mon pouls, me dit-on ensuite, était lent,
faible, et battait SU fois par minute.
On s'empressa de me secourir, en me faisant respirer de l'eau
chlorée et boire de l'eau sucrée contenant quelques nouties d'am-
moniaque liquide; on me découvrit la poitrine et les membres, et
ou pratiqua sur les parties de mon corps des affusions d'eau très-
chaude et de puissantes frictions alcooliques; pois, après m'avoir
mis au lit ou continua pendant quelques heures, et cela île temps
à autre, la même médication excitante. •
40 EMPOISONNEMENTS l'AR LES GAZ ET LES VAl'ET RS.
Je (ardai peu a recouvrer la connaissance : mais je demeurai,
pendant les vingt-quatre heures qui suivirent l'accident, en proie
à de vives douleurs dans touLc la poitrine et surtout à la région
du cœur; pais, ces douleurs, cédant peu à p2U, furent suivies
d'une extrême faiblesse qui disparut après huit jourr, pour ne me
laisser aucune trace des maux que j'avais endurés.
Tel est le récit exact de cet empoisonnement qui. je n'en sau-
rais douter eût été mortel si j'eusse respiré un peu plus complè-
tement, eu bien un temps quelque peu prolongé, la vapeur de cet
acide redoutable.
L'exemple qui précède prouve- surabondam-
menl l'activité fie ce poison redoutable. Les
précautions à prendre, pour n'en pas subir les
atteintes, sont à peu près les mêmes que celles à
employer contre les vapeurs de l'hydrogène arsé-
nié. Il faut autant que possible le préparer en
plein air, ou, si l'on est forcé de le faire dans l'in-
térieur du laboratoire, choisir une pièce dans la-
quelle on puisse facilement établir un courant
d'air.
On ne peut songer à employer les émanations
de chlore pour décomposer l'acide prussïque
naissant. Il se formerait alors du chlorure de
cyanogène, corps au moins aussi vénéneux si
ce n'est davantag-e, le remède serait donc pour
le moins impuissant.
Cependant plusieurs praticiens se plaçant à
un autre point de vue ont tenté de combattre
l'efnpoisonnement par l'acide qui nous occupe, à
l'aide des affusions d'eau chlorée. Nous nous bor-
EMPOISONNEMENTS PAR LES LIQUIDES. 41
nons à signaler cette médication, nous ne pour-
rions nous y arrêter davantage sans sortir de no-
tre sujet.
Ajoutons que, d'après M. Ozanam, l'oxygène
serait l'antidote de l'acide cyanhydrique dans les
cas d'empoisonnement par inspiration.
L'acide sitlfhydrique a souvent causé des indis-
positions assez sérieuses à quelques chimistes.
M. Fordos nous a dit avoir été malade plusieurs
jours, après être resté exposé pendant quelques
heures aux émanations de ee gaz. Le chlore ga-
zeux, ou dissous dans l'eau pourrait avoir, dans
un cas semblable, la même action que nous lui
avons accordée précédemment, et mettre l'opé-
rateur à l'abri de tout danger en s'einparant de
l'hydrogène du gaz vénéneux.
EMPOISONNEMENTS l'Ail LES LIQUIDES.
Pour qu'un empoisonnement de cette nature
puisse avoir lieu, il faut, ou que lo liquide ait été
mis en contact avec une surface dénudée, ou qu'il
ait corrodé la peau, et ensuite été absorbé par les
tissus exposés ainsi à son action, ou bien enfin
qu'il ait été ingéré par l'expérimentateur dans un
moment de distraction.
On cite un chimiste allemand dont la mort se-
rait due à quelques gouttes d'acide cyanhydrique
liquide tombées sur son brus nu. Je n'ai pu re-
trouver les détails de ce fait, de façon qu'il m'est
M EMPOISONNEMENTS PAR LES LIQUIDES.
impossible de savoir si le poison n'a pas été en
contact avec une écorehure, ou une solution de
continuité quelconque île l'épidémie. La mort de
ce malheureux s'expliquerait alors parfaitement.
Lorsqu'un liquide, corrosif' el vénéneux à la
fois, détruit l'épiderme, il peut être absorbé en
quantité plus ou moins grande, et occasionner
alors des brûlures ou des empoisonnements par
absorption. Les vapeurs de brome el l'acide fluor-
hydrique semblent agir de cette manière, ainsi
qu'on a pu le voir plus haut, quand nous nous
sommes occupé des brûlures.
Vackle p/iosp/torit/ite donne aussi généralement
lieu à des accidents inflammatoires, beaucoup plus
sérieux que ne semblerait le comporte]' l'étendue
ries lésions produites par son contact.
Il nous faut maintenant aborder l'histoire d'un
accident bien triste el qui a soulevé, et soulève
encore une polémique regrettable dans les jour-
naux scientifiques. Il s'agit de l'empoisonnement
de deux préparateurs de chimie en Angleterre par
les vapeurs rie mercure méthyle.
MM. Ulrich el Sbper, préparateurs (le M. Odlinfj, préparaient
pour ce savant nu mercure-mélnyle. Les propriétés exception-
nellement vénéneuses île ce vorps n'étant pas connues, ils ne pre-
naient pas tous les soins nécessaires, touchant le liquide îles
doigts, «le. L'hc lois même le liquide s'est répandu par lerre à la
suite rte la rupture du flacon. Bien que ne bouillant qu'à 90 de-
grés, le roercure-méthj le possède unefirandc lenshn de vapeurs.
□igifeed by Google
EMPOISONNEMENTS PAR LES LIQUIDES. 43
Ces vapeurs ont probablement imprégné le* vêtements de ces
messieurs, et par suite les nnt empoisonnés.
Chw tous les deux, l'affection a débuté par une paralysie ries
extrémités supérieures; puis est survenue une cécité complète,
et enfin une paralysie progressive.
L'un a succombé au bout de deux mois de maladie, cl le secourt
a résisté pendant près rte huit mois a ses souffrances, sans que les
divers traitements auquel i! a été soumis, et surtout i'usar;e des
sulfures alcalins, aient pu prévenir une terminaison fatale.
Il s'est élevé, ainsi que nous l'avons dit, àprnpos
du triste sort de ces deux jeunes gens, une polé-
mique regrettable dans les journaux scientifi-
ques. Nous ne croyons pas devoir nous en ooeu-
per dans un travail du genre de celui-ci.
Nous devons toutefois dire que nous avons, sous
la dictée d'un illustre; professeur, écrit à M. Od-
lin<r afin de pouvoir rétablir la vérité des faits et
la consigner ici. M. Odling* n'ayant pas pu, ou
n'ayant pas cru devoir se rendre à notre désir,
nous nous contentons de citer les faits sans aucun
commentaire, renvoyant le lecteur désireux de se
former une opinion à ce sujet, aux journaux sui-
vants : Le Cosmos (1865) ; La Presse scientifique et
industrielle (février 1866).
Arrivons maintenant aux empoisonnements que
nous demandons la permission d'appeler empoi-
sonnements par distraction.
L'exemple ie plus célèbre de ce genre est celui
de l'illustre Thénard. Gomme le professeur Pilian-
Dufeillay, dont nous avons rapporté l'observation
41 EMPOISONNEMENTS l'Ait LES LICJUIDES.
il n'y a qu'un instant , c'est au milieu d'une de ses
leçons, et entouré de ses élèves, que le savant chi-
miste a failli payer de sa vie son amour pour lu
science. Voici, d'après un journal du temps, com-
ment les faits ont eu lieu.
EMPOISONNEMENT PAR LE SUBLIMÉ CORROSIF.
Le 2a février 1823, il neuf heures du matin, M. Thénard fai-
sait a l'Édite polytechnique uni; luron sur les azotates, el en par-
ticulier sur l'azotate de mercure ; il avait à côté de lui et dans
deux verres semblables de l'eau sucrée et une dissolution con-
centrée de sublimé corrosif: il avale pur mégarde une forgée
de ce dernier liquide, el éprouve aussitôt une saveur horrible ;
M demande de l'eau albumineuse, et en allendanl prend à plu-
sieurs reprises de l'eau liéde ; nu se procure des blancs d'ecuïs,
on les délaye dans de l'eau et nn les administre cinq minutes après
l'empoisonnement. Jusqu'alors i! n'y avait point en de vomisse-
ment, quoique le gosier et la luei c eussent été titillés, l'eu de
temps après que l'eau albumineuse a élé avalée, les vomisse-
ments ont lieu, el la matière rendue présente les caractères du
sublimé corrosif combiné avec l'albumine : en effet, le liquide
est blanc, floconneux, el semblable a l'eau albumineuse, dans
laquelle on a versé du bi chlorure de mercure dissous. — Du-
puylren arrive lorsque déjà il y a eu quatre ou cinq vomissements,
el que l'eau albumineuse a été [irise plusieurs fois. M. Thénard
se sent tellement soulagé qu'il annonce à Dupuytren qu'il est
guéri. On fait prendre de l'huile de ricin el quelques lavements
purgatifs. A neuf heures et demie du soir, M. Thénard, qui avait
vomi jusqu'alors vingt à vingt-cinq fois, se trouvait il merveille; il
n'y ajamais eude douleur à l'épigastre ni dans le canal intestinal,
lue selle très-abondante avait eu lieu dix minutes après l'empoi-
sonnement, et bien avant l'administration des purgatifs. {Journal
de chimie médicale., mars 1823.)
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EMPOISONNEMENTS l'Ait LES SOLIDES. 45
M. Nonat, neveu de Thénard, professeur agrég-é
à la Faculté, médecin des hôpitaux, mon ancien
maître, m'assurait, il y a quelques jours à peine,
que jamais son oncle ne s'était en aucune laçon
ressenLi de cet accident.
EMPOISONNEMENTS PAR LES COKPS SOLIDES.
Nous avons dit plus haut que les empoisonne-
ments par les corps solides étaient à peu près
méconnus dans les laboratoires. L'imprudence
seule des chimistes qui ilairenl ou g-oûlent une
substance incolore , pour la reconnaître , a pu
occasionner quelques accidents assez rares du
reste.
Tous les avertissements possibles n'empêcheront
jamais un soldat de s'exposer quelquefois à des
dangers inutiles sur le champ de bataille. Il nous
paraît de même bien difficile qu'un chimiste chez
lequel l'habitude du laboratoire (son champ de
bataille à lui, au moins aussi noble que l'autre) ,
soit retenu par nos modesles conseils, aussi nous
g-arderons-nous prudemment de les hasarder dans
cette circonstance.
TROISIÈME CLASSE
DES EXPLOSIONS.
Les explosions causent à elles seules la majeure
partie des accidents dont les chimistes sont ex-
posés à devenir victimes. S'il est quelquefois pos-
sible de s'en préserver , soit par une surveillance
de chaque instant, soit en prenant des mesures
pour atténuer leurs effets; il est souvent impos-
sihle de les prévenir. C'est surtout dans la décou-
verte des corps explosibles, ot l'élude de leurs
propriétés, que les plus grands chimistes ont été
blessés. Ainsi la découverte et i'étude du chlorure
d'azote ont coûté au savant Dulong la perle d'un
œil et de doux doigts.
Uegnaull a failli devenir aveugle à la suite
d'une explosion d'antimnniure de potassium. En-
fin , en faisant agir sur du sodium le protochlo-
rure de mercure, Wurtz a eu l'œil droit gavement
atteint par des fragments de verre.
MOYENS DE PREVENIR LES EXPLOSIONS. '
Depuis quelques années, les expérimentateurs,
éclairés par la fréquence de ce genre d'accidents,
ont augmenté de prudence. Voici quelques pré-
DES BXPL0B10NS. — MOYENS GÉNÉRAUX. 17.
cautions bien connues qu'il ne faut jamais né-
gliger.
Si l'on fait chauffer un liquide dans un bain
d'huile, le récipient doit être entouré d'un man-
chon de fer. Généralement on se sert d'un tube
de verre, on y verse le liquide et on l'introduit
dans, le manchon, sur lequel on visse un couvercle
de même nature.
C'est pour avoir négligé de prendre ce soin que
le savant chimiste du Collège de France, Bertlielot,
a reçu dans l'œil un éclat de verre, qui lui a fait
une blessure grave, compliquée d'une hernie de
l'iris. Les soins de notre ami commun, Paul Lo-
rain, professeur agrégé à la Faculté de médecine,
l'ont heureusement guéri après un traitement
rl'environ six semaines.
Quand on n'a pas besoin de porter le liquide à
une température supérieure à 100 degrés, il n'est
pas nécessaire d'employer le bain d'huile ; on se
sert généralement alors d'un bain-marie. Au lieu
d'un tube en fer, on prend pour manchon pro-
tecteur un simple tube en fer-blanc.
Si l'on opère à l'eu nu sur une substance explo-
sihle, il est bonde recouvrir d'une toile métallique
le creuset ou le matras qui la renferme. De cette
façon, les éclats du récipient ne peuvent blesser
l'opérateur.
Il est utile dans tous les cas de protéger le
visage, àl'aide d'un masqueen fils métalliques plus
fins el plus rapp'-ochés que ceux dont on fait usage
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dans les salles d'armes. De celle façon, les plus
petits fragments s'arrêtent sur le tissu serré, et
ne peuvent compromettre les organes de la vue.
Il n'existe aucun autre moyen qu'une très-
grande prudence pour se mettre à l'abri des acci-
dents, lorsqu'on triture dans un mortier des
mélanges détonants. On a cru remarquer qu'il fal-
lait toujours Faire décrire au pilon des cercles
concentriques dans le môme sens. Ce serait,
d'après une tradition de laboratoire, à l'oubli de
cette précaution, que Barruel aurait dû la perte
de plusieurs doigts.
Lorsqu'on mélange dans un ballon de verre des
substances capables de faire explosion, il est bon
de l'entourer d'un linge épais, humide ou sec,
suivant la nature des corps sur lesquels on opère.
De cette manière les débris ne pourront blesser
l' expérimentateur.
Telles sontles principales mesures de prévoyance
contre les explosions en général. lien est un grand
nombre d'autres peut-être, mais elles sont dues
la plupart à l'inspiration du moment, et à la pré-
sence d'esprit qui ne doit jamais, autant que
possible, l'aire défaut à ceux qui se livrent à l'étude
de la chimie.
EXPLOSIONS PRODUITES PAR LES GAZ ET LES VAPEURS.
Lorsqu'à l'aide de la flamme due à l'inflamma-
tion d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène, on
EXPLOSIONS PAR LES GAZ ET LES VAPEURS. 49
a commencé à fondre de la craie, du platine et
quelques autres substances très-réfractaires, plu-
sieurs accidents se sont produits. On en a prévenu
le retour en interposant des toiles métalliques,
entre l'orifice de sortie du gaz et l'extrémité du
tube, où s'opère la combustion, et surtout en fai-
sant arriver séparément chacun de ces gaz pris
dans un générateur isolé.
Beaucoup d'explosions de mélanges gazeux se
sont présentées, depuis que l'on s'est livré à l'élude
de ces corps. Des mesures de prudence peuvent
seules les éviter, et encore les plus grands chi-
mistes n'en sont-ils pas à l'abri, ainsi que le con-
firme une lettre que l'illustre professeur de Munich,
Liébig, nous a fait l'honneur de nous adresser, il
s'agit, à ce propos, de la détonation d'un mélange
de sulfure de carbone et de bïoxyde ((azote. Cette
communication renferme, de plus, une observa-
tion très-curieuse de l'explosion spontanée d'un
mélange destiné à des feux du Bengale.
Voici du reste la lettre du savant allemand.
Munich, le 25 juin I8G6.
Monsieur,
Je ne connais que deux cas méritant peut-être fie trouver
pince dans votre thèse. Le premier est celui d'une terrible ex-
plosion qui eut lien dans une leçnn faite par moi devant la fa-
mille royale et devant les princes bavarois, et qui, jusqu'à ce
jour, n'est pas encore expliquée. C'était l'expérience connue de
la combustion des vapeurs de sulfure de carbone dans If bioxyde
il'aznic. La cause de l'accident me paratl provenir de ce qu'après
avoir verse ic sullure de carbonedans le flacon de bioxyde d'azote,
f>0 EXPLOSIONS PAR LUS GAZ ET LES VAPEURS.
j'ai négligé d'agiter le mélange, de telle façon qu'il y avait un
trop grand evcès de bioxyde d'azole en présence des vapeurs de
sulfure de carbone. L'expérience se fait sans danger el toujours
parfaitement Iden, lorsque le mélange renferme assez de vapeurs
de sulfure (le c;irhone pour que le carbone suit brûlé et non pas
les deux éléments ; en un mot il faut qu'il resle du soufre dans
le flacon.
Le second cas est une explosion d'un mélange tk feu touge
dans lequel, outre le sel de slron Liane, l* sulfure d'antimoine, etc.;
il y avait aussi du chlorate de potasse. (Jette explosion se produisit
toute seule dans une armoire de mon laboratoire pendant la nuit.
Je fus réveillé, ainsi que ma famille, par l'explosion, et ce n'est
que beaucoup plus tard que l'on put en découvrir la cause.
C'est évidemment l.i chlorate de potasse qui rend ces mélanges
spontanément explosibles.
Avec grand estime, à vous. Liebic.
(Traduit par M. Kribdel, conservateur des collections
de l'École des mines de Paris.}
L'appareil Thilorier, desliné à solidifier l'acide
carbonique, en le Taisant passer par l'étal gazeux
et l'étal liquide, est tristement célèbre pur la mort
du préparateur de l'Ecole de pharmacie Osmin
Hervy, dont voici l'observation détaillée :
RUPTURE DE L'APPAREIL THILORIER. — MORT DU
PREPARATEUR OSMIN HERVY.
J'emprunte au Journal de. Chimie ni dp Pharmacie
l'observation suivante que je copie textuellement:
Les journaux quotidiens ont déjà fait connaître au public
le déplorable événement survenu à l'Ecole de pharmacie de Paris,
événement qui a coûté la vie à M. Osmin Hervy, préparateur des
cours de chimie. Uet accident a eu lieu le 30 décembre 1840; l'on
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GAZ ET LES VAPEURS. 5
emnin, île l'acide carbonique li
Chacun de ces cylindres offre une capacité intérieure de 4 litres
environ; l'acide carbonique se produit au moyen de la réaction
de l'acide sulfurique cl du bicarbonate de soude, qu'on introduit
simultanément dans l'un des cylindres. On établit ensuite une
communication entre ce premier cylindre et le deuxième, et au
moyen d'une véritable distillation, l'acide carbonique se rend
dans le deuxième cylindre; dans le premier reste un résidu de
sulfate de soude, qu'on relire pour le remplacer par un nouveau
mélange et obtenir ainsi une quantité déterminée d'acide carbo-
nique liquide, quantité qui peut s'élever, comme nous l'avons
dit, jusqu'à 4 litres.
Le premier cylindre est porté sur deux tourillons qui le tien-
nent en équilibrée! permettent de lui donner un mouvement très-
C'est au moment où M. Hervy balançait le cylindre sur les
deux tourillons, pour opérer le mélange de l'acide sulfurique et
du bicarbonate, que l'explosion a en lieu. Quatre personnes qui
s'occupaient de cette préparation auraient pu être présentes en
ce moment. M. Tliilorier qui avait présidé jusque-là au mélange
des matières, à la fermeture de l'appareil, etc., venait de passer
dans une pièce voisine ; une autre personne, qui aidait M. Hervy
dans cette préparation, venait aussi de sortir; il ne restait auprès
du cylindre que M. Hervy et un aide de ses amis ; ee dernier a
été renversé par l'explosion, mais n'a été atteint par aucun frag-
ment de la machine ; M. Hervy seul a été atteint. L'appareil étant
situé sur le sol de la pièce, tout l'effet de l'explosion a porté sur
L'explosion a été accompagnée d'un bruit terrible qui a retenti
dans tout le quartier; les effets ont été tels qu'aurait pu les pro-
duire un obus; le carreau, le plafond, les murs ont été endom-
52 EXPLOSIONS l'AR LES CiAZ HT LES VAPBDRS.
maffés par les débris de la machiae: tous les carreaux décroisées
ont été brisés. L'imagina lins est effrayée des conséquences
qu'aurait eues une se m Manie détonation, si elle fut arrivée, ce
qui cul été possible, dans uni; leçon. Il esi inutile d'ajouter que
cette expérience ne sera plus répétée désormais dans les cours
publics.
[romédratemenl après l'accident, MM. les professeurs de l'École
ont adressé une demande a M. le minislre de l'lustruc;inn pu-
blique, à reflet d'obleuir à l'École de pharmacie lacréalioud'une
place de conservateur des collections et de la bibliollieque de
l'Élablissemenl, avec prière de nommer a cel emploi M. Hervy.
.M. le ministre a accueilli cette demande avec un empressement
qui augmente encore le prix des services qu'il voulait rendre à
ce malheureux jeune homme. Dès le jour même de celle demande,
il lui luisait porter des paroles de consolation et d'espoir pour
l'avenir, et deux jours après, le 3 janvier, il oblint et communi-
qua à l'Iîcole de pharmacie l'ordonnance royale portant création
de la place et la nomination de M. Hervy, le jour même où il suc-
combait. (Journal de Chimie et Je Pharmacie, iîiil, lomC w 27, p. il.)
Deux causes ont contribué a produire cet acci-
dent.
L'acide sulfuriquc, au lieu de tomber peu à peu
sur le bicarbonate do soude, a dù y arriver en
grande quantité tout ù. coup.
De plus, l'appareil était en fonte, substance,
comme on le sait, très-cassante.
Il n'y a donc pas à s'étonner que, soumis ù lu
force d'expansion considérable d'une forte quan-
tité d'acide carbonique, l'appareil se soit brisé.
On évite maintenant les dangers de cette pré-
paration, en employant un appareil construit en
fer forgé et doublé de plomb à l'intérieur. Dans
une explosion, grâce à sa texture, le plomb se dé-
EXPLOSIONS PAR LES LIQUIDES. 53
cliire sans projeter d'éclats et l'opérateur n'a rien
à craindre, si le cylindre vient à se rompre sous
l'action de la pression intérieure de l'acide carbo j
nique.
EXPLOSIONS DE SUBSTANCES LIQUIDES.
Tout le monde connaît les détails de l'accident
survenu au savant chimiste Dulong", lors de la dé-
couverte du chlorure d azote. La perte de deux doigts
et d'un œil Lui tirent payer chèrement l'honneur
d'avoir Tait connaître un nouveau corps.
M. Brodie a trouvé les peroxydes d'acétyle et de
benzoïde; l'étude du premier de ces corps, en dé-
tonant, a failli lui coûter la vie. Nous devons la
connaissance de ce lait à l'obligeance de l'hono-
rable sir Robert Kane.
M. le professeur Wurtz, doyen de la Faculté de
médecine, traitait le protochlorure de phosphore par
le potassium (ou le sodium), pour reconnaître si le
phosphore était, dans cette comhinaison, à l'état
de phosphore blanc, ou de phosphore amorphe,
lorsqu'une violente explosion brisa entre les mains
de ce savant chimiste, le ballon dans lequel était
contenu le mélange, et son œil fut blessé par des
fragments de verre, que M. Ic professeur Nélaton
ne parvint à extraire qu'après un traitement long-
temps prolongé.
Faraday a été blessé légèrement plusieurs fois
en liquéfiant le chlore.
1886. - Tbelniier. 4
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54 EXPLOSIONS PAR LES LIQUIDES.
Il serait trop long- de s'appesantir sur tous les
accidents causés par les explosions des liquides.
Nous nous contenterons de citer les suivants.
Le premier nous a été communiqué fort obli-
geamment par M. le D r Leconte, professeur ogrég-é
à la Faculté de médecine et pharmacien en chef
de l'hôpital des Enfants ; voici comment s'exprime
ce professeur :
11 est souvent impossible de prévoir les accidents
auxquels on est exposé en faisant des expériences
de chimie ; le fait suivant le démontre de la ma-
nière la plus nette :
En 1830, voulant puriiier d,: l'azotate d'uranium du commerce,
qui devait nie servir au dosage de l'acide puosphorique et des
phosphates, auxquels j'appliquais le premier ce procédé d'ana-
lyse quantiiative, je lis dissoudre 100 grammes de cet azotate
dans une quantité suffisante d édier Le liquide lillré l'ut pl;-.:i
dans une cornue de verre disposée elle-même dans une petite
chaudière de fonte reposant sur un fourneau, a la cornue lut
adapté un ballon de verre tubule plongeant dans l'eau froide et
servant de récipient.
Pour éviter l'inflammation de l'élhcr, on ne fit usa-e d aucun
combustible, et l'on versa de l'eau bouillante dans le baiu-inarie,
h distillation marcha pendant quelque temps avec régulante ;
mais, au moment ou je m'y attendais le moius.une violente déto-
nation, semblable à celle d'une forte pièce d'artillerie, vint ébran-
ler le laboratoire du Collège de France, projetant au deliors plu-
sieurs des carreaux des fenêtres ; il se produisit dans la rue un
nombreux rassemblement, cl pendant quelque temps tout le quar-
tier lut en émoi, cherchant à s s rendre compte d'une explosion
aussi violente.
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EXPLOSIONS PAR LES LIfJl'IDES.
Par lin hasard providentiel, personne ne se Irouvait près
l'appareil, dont les vases en verre furent pour ainsi dire pulvé-
rises, et leurs débris lancés à de jiramles distances dans toutes les
directions; la chaudière en fonte Tut si violemment enfoncée dans
le fourneau, qu'on ne put ladé[;ai;er <|u'à grands coups de mar-
teau, l'élher, par suite de l'explosion, s'était enflammé; mais
divisé à l'infini par le choc, il ne donna qu'une flamme sans per-
sistance, et ne put ainsi causer d'incendie.
Certainement cette violente explosion doit être attribuée à la
formation d'une certaine quantité de fulminate provenant de l'ac-
tion réciproque de l'acide azotique de l'éllier et de l'oxyde d'Ura-
nium, fulminate qui, s "étant trouvé à sec par la vaporisation de
l'élher, a dû détoner à une température certainement inférieure à
100 degrét . liien que la formation de fulminate île métaux de la
troisième section n'ait pas été signalée par les auteurs, nous
avons cru devoir faire connaître la possibilité de leur formation,
afin d'éviier des accidents terribles ; des recherches que j'ai en-
treprises éclaireronl, j'espère, bientôt ce sujet.
À propos du second accident, dû à l'explosion des
liquides, M. le professeur Regnault, du Collège de
France, en faisant chauffer dans un ballon terminé
par un tube capillaire dix kilogrammes de mercure,
a reçu la majeure partie dece liquide bouillant sur
le visage, par suite de la rupture du tube. II a fort
heureusement fermé les yeux au moment de la
projection du mercure; mais il n'a pas moins été
force" de garder le lit dans une complète obscu-
rité pendant deux mois, tout en étant soumis à
des irrigations froides continues.
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EXPLOSIONS PAR LES LIQUIDES.
PRÉPARATION m LACÉTATE DE CHLORE. — ACCIDENT
ARRIVÉ AU D [ LIPMANN.
Le D' Lipmano m'a fort obligeamment commu-
niqué l'observation suivante, qui montre le danger
de préparer l'acétate de chlore, sans prendre les
précautions nécessaires ; précautions que du reste
il rappelle ici lui-même.
Monsieur,
J'ai l'honneur ili' vous adresser le récit d'un accident dont j'ai
été victime l'année dernière en préparant de l'acétate de chlore.
L'acide hypnchloreux, )>ar son action sur l'acide anhydre,
forme de l'acétate de chlore.
Pour préparer ce dernier corps, on fait passer sur de l'acide
acétique anhydre un courant d'acide hypnchloreux en excès ici
qu'il ne se forme que 20 0/0 du produit.
Suus celle inllueiRT. l'acide acëLiqm: prend une couleur rouge
de saDff. Tant que estte coloration dure, l'acétate de chlore n'est
pas encore formé; il existe encore de l'acide hypochloreux à l'état
libre. Pendant plusieurs heures, on ne doit ni couvrir ni remuer
le vase contenant le liquide, le moindre choc pouvant faire dé-
composer cet acide avec explosion.
J'avais oublié de prendre celte précaution et voulais transvaser
un mélange d'aride hypochloreux libre et d'acide acétique.
A peine eus-jc remué le vase que l'explosion eut lieu avec un
bruit semblable u la détonation d'une pièce d'artillerie. Je fus
renversé par la pression de l'air, tandis que ma main droite était
hachée par une foule de diibris de verre.
Ce n:: fut que longtemps après, et à la suite d'un traitement
prolongé, que l'on put nie débarrasser de tous les fragments
qui s'y étaient enkystés.
Agréez, Monsieur, etc. I) r E. Lipmann.
Paris, le 20 juin I8li(i
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EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES.
Enfin, nous empruntons au même préparateur
anonyme le récit de l'explosion d'une certaine
quantité de nitrate de méthyle.
Au mois de juillet ISfiii, rectifiant 2,700 gr. de nitrate de
mélliyle, à peine 2O0 (;r. étaienL-ils passés dans le récipient,
que, sans cause appréciable, le ballon fil explosion avec un bruit
comparable à lui cmip de canon. .Mennie d'incendie, je dus d'a-
bord son«er à l'éteindre; puis pensait! à moi, je m'aperçus une
j'avais tout le coté [j.iucbe de la fiffiirc, barbe et cheveux littéra-
lement grillés, la main fiaitche (elle est prédestinée) brûlée. Mais,
f>r;ke sans doute £i hurand.' inllammabililé de cet éther.ces bles-
sures furent peu graves; j;; m'étais pour ainsi dire plongé dans
un envier d'eau, et quelques pansements à la glycérine ame-
nèrent une prompte cicatrisation.
Le danger sérieux <|ue présentait un tel accident était l'explo-
sion elle-même, de la violence de laquelle je donnerai une suffi-
sante idée en disant qu'elle eut lien dans une pièce de 3o m. c.
de superficie, avec une porte et deux fenêtres tout ouvertes, et
r(ite néanmoins le plafond l'ut soulevé de fi à fi centimètres. L'ap-
pareil fut lilléraleuienl réduit en poussière.
(J'esL à cela sans doute que je dus de n'en sentir aucun éclat
EXPLOSION DE COiU'S SOLIDES.
On peut ranger dans cette classe tous les mé-
langes détonants, l'iodure d'azote, l'oxalatc d'ar-
gent, etc., et surtout les fulminates d'argent et de
mercure.
On a vu dans la lettre du savant professeur
Liebig, une explosion spontanée d'un mélange
détonnant, dans lequel entrait du oidorate de po-
tasse. L'extrait suivant d'un journal scientifique'.
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58
EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES.
offre un exemple d'explosion d'un mélange dé-
tonant, composé à peu près de la même façon,
mais dans lequel la détonation eut lieu pendant
la trituration des substances.
EXPLOSION DANS LE LABORATOIRE D'UNE PHARMACIE
A MUNICH.
l'n Iriste événement eut lieu le M iï:vrier !X17, dans le
laboratoire d'une des premières pharmacies de Munich, doit être
ajouté aux nombreux exemples de ce i;enre.
tin élève était occupé à triturer dms un mortier de serpen-
tine nn mélai!|;i' de l mis mires de c':lora!e de potasse, de soufre,
de sucre et de cinabre, destiné à la fabrication îles allumettes.
tinie d'une imprudence à peine explicable. eut plusieurs membres
fracassés par la violence du pilon, et mourut deux heures après
l'éclat.
La détonation fut entendue dans presque tous les quartiers de
la ville; les vitres de la maison furent brisées, et les débris du
mortier sautèrent au loin ; un cavalier i|ui passait dans la rue en
fut blessé. Les vases de la pharmacie étaient tournés dans une;
autre direction, et une pendule placée à l'extrémité de la pièce
s'arrêta par la commotion, pour indiquer en quelque sorte l'heure
de l'événement. (Journal de phnrmarie, première série, t. III,
p. 267.)
La préparation de l'antimoniure de potassium
présente des dangers d'explosion signalés par
M.\L Pordos et (iélis. dans un mémoire extrait de
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EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES. 53
la Revue scientifique et industrielle (in-8, sans lieu
ni date.)
Voici comment ils s'expriment dans une note,
page H :
L'alliage de potassium el d'antimoine peut se préparer par la
calcinalion de l'émétique. Lorsque la tuasse n'a pas été assez
chauffée, el que le culot métallique ne s'esl pas séparé, on obtient
une niasse poreuse composée d'alliage et de charbon qui détone
sans l'intervention de l'humidité, et par le simple choc que l'on
détermine pour la séparer du creuset. L'un de nous a même été
blessé par la détonation d'une masse de cet alliage.
Nous pouvons ajouter que l'opérateur, atteint
par l'explosion, est M. Fordos, et que ce savant
chimiste a craint, pendant plusieurs jours, de per-
dre un œil à la suite d'une blessure de la cornée.
Bien avant celle époque, alors que le célèbre
professeur du Collège de France, M. Regnault, oc-
cupait à Lyon une chaire de chimie, une détona-
tion semblable avait failli le rendre aveug-le. Nous
avons recueilli de sa propre bouche les détails sui-
vants sur cet accident, dont les suites n'ont pas
heureusement présenté la gravité qu'on aurait pu
craindre :
« Mon préparateur me présenta, quelques instants avant le
commencement de ma leçon, un creuset renfermant une certaine
quantité d'anlimoniure de potassium, dont il me fit remarquer le
bel aspect. Au moment où je me penchais pour l'examiner, l'hu-
midité de mou haleine fil détoner lutile la substance. Mon vi-
sane, mes yeux surtout, furent cruellement brûlés par la potasse
régénérée. Ce ne fut qu'au bout de deux mois au moins, que je
pus reprendre le cours de nies travaux scientifiques. Le traite-
(10 EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES.
ment auquel on me soumit se composa principalement d'irriga-
lions froides conliuucs. »
Quand on prépare l'an Limon iure do potassium,
il faul avoir soin de recouvrir avec une capsule
ou un entonnoir, le produit obtenu, de façon
qu'il ne soit exposé ni à l'humidité, ni au ehoc le
plus léger.
Uiodure d'azote détone même sous l'eau. M. le
professeur Filhol, de l'École préparatoire de Tou-
louse, parmi plusieurs exemples d'explosions qu'il
m'a communiqués dans une lettre fort bienveil-
lante, en rapporte l'exemple suivant :
J'ai été témoin, dans mon laboratoire, de l'explosion d'une
assez forte quantité d'imlure d'azote, par suite du frottement
d'une bnjrucltc de verre. Uiodure était sous une forte couche d'eau.
Personne heureusement n'a été blessé.
A la suite de deux aecidenls arrivés coup sur
coup au laboratoire de la Faculté de médecine de
Paris, les journaux scientifiques publièrent l'avis
suivant, que nous empruntons à l'un d'entre eux :
M. Wurtz nous engage à faire connaître l'accident suivant,
arrive dans son laboratoire, afin de prémunir les chimistes
contre le danger qu'ils pourraient courir dans la même cir-
constance. Le D'Lïpmann était à peine remis des suites d'une
explosion d'acide hypochloreux, «ne le il r Oppenheim, un des
travailleurs les plus distingués di es laboratoire, devenait vit-
lion: d'oo accident bien autrement grave,
Le 20 janvier dernier, il sr.ellail à la lampe un inatras plein 1
d'oxaiate d'ur t ;ciil (120 grain.), lorsi|u'il fui renversé tout à
EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES.
61
coup dt; sa chaise â la suite d'une détonation terri hic provenant
de la décomposition subite ci instantanée de h masse entière
d'oxalnte contenue dans le outras. Gomment s'est laite celte dé-
tonation ? Siins doute par la cbdeur «jui a atteint une parcelle
île la substance resiée dans le col <|ue l'on scellait à la lampe.
Les suites de cet accident ont été terribles; !e lt r Oppenheimacu
la lemporale coupée par un éclat li: verre et le bras droit liorri-
hleinent abîmé. M. Itirbet, présent a la Faculté en ce moment,
est accouru aussitôt et a donné des soins au malade qui, on
le comprend, aurait pu courir un |;rand danger, si un chi-
rurgien expérimenté ne s'élait trouvé là pour lui porter secours.
M. le II' Oppetnbeiin, nous sommes beuretix de le constater, est
complètement remis de sn:i accident et tout prêt à recommencer
ses travaux, en prenant, bien entendu, ses précautions.
Chimistes et médecins payent souvent do leur
vie leur dévouement à la science et à la société, et
on ne glorifie cependant <]ue le soldat qui va
chercher la mort dans des combats impies sans
nul profit pour l'humanité. {Journal de chimie mé-
dicale, avril 1866.)
Voici l'observation de l'accident arrivé au D r Op-
penheim. Ce chimiste a bien voulu la rédiger lui-
même sur notre demande.
OBSERVATION DU D r A. OPPENHEIM.
Monsieur,
Vous me demandez des détails sur un accident qui m'est ar-
rivé il y a quelques mois au laboratoire de l'Ecole de Médecine. (Il
n'a pas eu de suites graves Rrâce aux soins de mes médecins cl de
mes amis.) Cet accident n'a p;iséié de nature à jeter un m niveau
jour sur la substance <jui a cause l'explosion. Ses propriétés étaient
connues. Je vutilais renfermer de l'oxalate d'argent avec de l'io-
dured'éttiyle et de l'éther dans un ballon de verre fort, pour former
BXPLOBIONS PAR LES KOL1DKS.
de l'oxalatc delhyle. Voulant éviter l'inflammation de I ether
pendant que je scellais le matras, je n'y niellais que (Je l'ovalate
d'argent, avec l'intention de l'étrangler et d'y ajouter ensuite
le mélange des liquides; de celte manière il ne restait qu'un
tube mime à fermer a ia lampe, et il y avait moins de danger
que I ether s'enflammât. Mais, pendant que je collais un tube a
l'extrémité du col du matras, afin de l'étrangler, le ballon fui
brisé par une explosion tellement forte que la commotion me
perça le tympan de l'oreille gauche. — Des morcaux de verre
furent lancés dans tontes les directions, coupant des conduits de
gaz eu plomb, faisant des trous profonds dans les murs, et me
couvrant de nombreuses blessures dans le bras gauche et le cillé
gauche de la tête. — J'ai pensé d'abord que c'était un éclat de
verre chaud qui, se détachant du col de matras et tombant sur
l'oxalatc d'argent, avait causé celle explosion ; mais une expé-
rience que j'ai faite après ma guërîson m'a démontré la fausseté
de cette supposition. — On a formé nue ligne d'un millimètre
de largeur ci de quelques centimètres de longueur en mettant
de l'oxalatc d'argent sur une table. Un approchait ensuite une
allumette d'une des extrémités de celle ligne. Il n'y avait décom-
position du sel en argent et acide carbonique qu'an point même
liosiliun. — Il fallait donc, pour qu'il y eût explosion, que toute
la flamnie presque invisible du chalumeau entrait probablement
assez loin dans le col du matras pour chauffer le fond de celui-ci
au delà de 140", température où l'ovalate d'argent se décom-
pose. Pour éviter cet accident, il eût fallu étrangler le col du
matras an milieu, sans mettre la flamme en coulact avec son
extrémité. — Depuis que cet accident et un autre ont émule
laboratoire, nous nous couvrons la tète avec un masque d'es-
crime, toutes les fois que nous craignons une explosion.
Je vous prie, Monsieur, d'agréer l'assurauce de mes senti-
ments distingués.
A. Oppenueih.
Taris, 28 juin 1866.
EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES. 63
Nous prenons dans la chimie de Malaguti les
considérations suivantes sur certains dangers que
présentent le potassium et le sodium.
Nous sommes porté il croire qui; le potassium, eu vieillissant,
peu! devenir explosif, lorsqu'il s'enflamme par son contact avec
l'eau. — Il nous est arrivé que du potassium, qui pendant plu-
sieurs années n'avait jamais donné lieu à des explosions, a com-
mencé tout à coup à produire ce phénomène. Il sera donc pru-
dent de prendre des précautions pour ne pas être Idessé lors-
qu'on fera l'expérience dont nous venons de parler. (Potassium
projeté dtms l'eau, t. II, p. 33.)
Bien que le sodium soit très-docile et incomparablement plus
facile à manier que le potassium, il arrive néanmoins quelque-
fois que lorsqu'il sa trouve en contact avec l'eau, il donne lieu à
des explosions qui ne sont pas sans danger. Griffin, en voulant
montrer la décomposition de l'eau par le sodium, introduisit dans
une cloche où se trouvait de l'eau uu morceau de ce métal; l'ac-
tion était à peine commencée que la cloche vola en éclats; nous-
même nous fûmes blessé à uu œil par l'explosion d'un morceau
de sodium qui s'élail enflammé sur l'eau.
La cause de ces accidents n'est pas positivement connue, mais
nous sommes porté à croire que c'est surtout le so liuui très-an-
cien qui esta redouter, l'ar l'action du temps, le sodium cristal-
lisé devient perméable à l'huile de naplit:' ; comme il est impré-
gné d'une substance très-inflammable, on conçoit que, porté a
une température élevée, il puisse occasionner une explosion.
EXPLOSIONS DE FULMINATE D'ARGENT.
Le fulminate d'argent est une des causes les
plus redoutables d'explosion dans les laboratoires.
À peine Gay-Lussae F avait-il découvert, que les
dangers qu'il présentait étaient signalés par la
presse scientifique de l'époque. Il ne sera pas hors
64
EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES.
de propos de rapporter ici un article publié par le
Bulletin de pharmacie (1809, t. I", page 189) sous
le titre suivant :
ARGENT DÉTONANT.
Plusieurs pharmacies de Paris préparent et vende ni fie l'argent
détonant, obtenu par l'action de l'acide nitrique mêlé d'alcool
sur de l'argent pur. Ou sait quj ce précipité a la propriété de
l'aire explosion lorsqu'il est chauffé, (Vappé par un corps ilur, ou
tuuciié par l'acide sul torique concentre. Ou s'est servi île cet!-
propriété pour composer des pétards eu introduisant un grain
environ d'argent détonant dans une carte dédoublée et recollée
ensuite. Ces caries, exposées à la chaleur d'une bougie, produi-
sent un bruit que l'on peut comparer a un coup de rouet. Elles
ont plus d'un inconvénient ; elles peuvent tomber entre les mains
d'enfants qui oui l'habitude de porter à leur honclie les objets
avec lesquels ils s'amusent; el l'argent détonant est un des plus
violents poisons que l'on connaisse. On a imaginé de renfermer
celle poudre eolre. un papier brouillard enduit de colle, cl une
petite boule de verre que l'on vend sous le nom A'êchatettr. ful-
minante. En pressant celle boule sous le pied ou entre deux érns,
la détonation a lieu. Un chimisie a fait faire une tabatière à
doiible f.tnil; le tabac repose sur une plaque de plomb qui, sans
être assujettie, couvre une ouverture pratiquée au premier fond.
Sous cette plaque est un pelil support destiné a recevoir un peu
d'argent détonant, lin ressort qu'on peut faire jouer sous la
boite, fait toucher a volonté au support une pelile lige de plomb
imprégnée d'acide sulfurique : à l'instant la poudre déione el
fait sauter le tabac hors de la Imite. On conçoit les surprises que
l'on escile avec ce petit appareil. Enfin, des physiciens ont pré-
paré des cachets volants, dans lesquels on enferme un peu d'ar-
gent détonant; la personne qui reçoit une lettre ainsi cachetée
produit, en brisint le cachet, une explosion assez, forle.
Telles s-itit les applications inutiles et dangereuses que l'im-
prudence a failes de l'argent détonant. Déjà la tranquillité a été
troublée plusieurs lois d.ms les spectacles, les églises el autres
EXPLOSIONS PAR LES SOLIDES. (>;>
lieux publics, par ces inventions ili! la sottise et de la malignité.
Des accidents assez graves ont éveillé l'alleiilion de l'autorité.
d'argent détonant dans un étui, en a pn>vo.[iié, s ais le vouloir,
l'explosion. Il a été renversé et a perdu trois doigts, dont un a
été lancé et incrusté dans le plafond de la pièce où il était. Un
jeune chimiste, en ouvrant une lettre, a reçu dans les yeux des
éclats de cire, qui l'ont fort incommodé.
Comme L'armant détonant n'a aucune prjpriélé utile, n'est
d'aucun usage en médecine ou en pharmacie, qu'il ne peut servir
line momentanément dans un cours de chimid, on doit désirer
qu'une ordonnance sévère en interdise la vente publique.
Cet article est curieux sous plus d'un rapport;
il montre d'abord que les dangers offerts par un
corps si peu stable avaient frappé les chimistes
aussitôt après sa découverte; de plus, il fait voir
combien on soupçonnait peu à cette époque de
grandes guerres européennes, les services impor-
tants que l'art militaire devait tirer plus tard des
fulminates.
Où nous avons reconnu un agent de destruction
formidable, nos prédécesseurs ne voyaient qu'un
jouet inutile et dangereux. Ils avaient raison sous
Cfi dernier rapport. Quelque temps avant que ces
lignes parussent dans le Bulletin de pharmacie, un
orfèvre, en voulant renfermer 24 grains de ful-
minalc d'argent dans un étui, ainsi qu'on vient
de le voir plus haut, perdait trois doigts de la
main droite, après avoir été renversé par le choc.
Un peu plus tard, Barruel, préparateur à la
Faculté de médecine, se mutilait également la
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main droite en préparant cette dangereuse sub-
stance.
Voici maintenant le récit de l'accident terrible
qui m'a donné la première idée du présent travail.
EXPLOSION DE FULMINATE D'ARGENT.
Le 16 février 185i, uni: explosion de 5 grammes de fulminate
d'argent, renfermés dans un flacon bouché a l'émeri, m'emportait
sept phalanges de la main droite en me labourant profondément
la main gauche et me rendait momentanément aveugle.
Cette observation m'étant malheureusemenl personnelle, on
me permettra d'entrer dans quelques détails.
Depuis deux ans environ, le préparateur officiel avait quitté le
laboratoire de la Faculté ; et je remplissais son emploi j^raluile-
ment, sous la direction de M. le D r Lcsueur, chef des travaux
chimiques. M. le tl r Leconte, professeur agrégé à la Faculté de
médecine, était chargé du cours de chimie minérale, dont la
chaire était alors vacante, par suite de ia mort de M. le profes-
seur Orlila-. SI. le I) r Lcsueur avait commandé chez un fabricant
de produits chimiques cinq grammes de fulminate d'argent, qui
lui furent apportés enveloppés dans un papier que je plaçai entre
deux soucoupes. On ne s'en servit au cours ce jour là pour au-
cune expérience, et le chef des travaux chimiques, en présence
de H. le l) r Leconte, m'engagea à les renfermer dans un flacon
Louché à Vèmeri. Malgré mon observation qu'il pouvait y avoir
du danger en agissant ainsi, et la défense formelle de SI. Leconte,
SI. Lcsueur insista, assurant que le fulminate étant humide, il
n'y avait absolument rien à craindre. Le lundi suivant, au mo-
ment de disposer dans une caisse les substances nécessaires à la
leçon du jour, M. Cutfec, un de mes élèves qui maintenant exerce
avec distinction la médecine eu Bretagne, voulut prendre ce fla-
con pour faire sécher à l'étuve une petite portion de la substance
qu'il renfermait. Lu pressentiment me le lui Ht retirer des mains,
je saisis le flacon île la main gauche, et de la droite j'essayai de
le déboucher;... à ce moment les cinq grammes de fulminate
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EXPLOSIONS PAR I.F.S SOLIDES. 67
d'argent s'enflammèrent, un éclair me passa devant les yeux, une
explosion formidable ébranla la pièce dans laquelle je me trou-
vais; et, si l'on vent bien se rappeler que la quantité de fulmi-
nate de mercure employée pour chipie capsule de guerre est
d'un milligramme, et que par conséquent le flacon en contenait
une quantité capable île charger cinq mille de ces capsules, eu
supposant que la force du fulminate d'argent soit égale a celle
du fulminate de mercure (cl elle lui est supérieure), ou com-
prendra que les doigts de ma main droite aient élé violemment
arrachés et ma main gauche labourée par les éclats de verre
provenant du flacon. Ces éclats de verre m'avaient de plus haché
les paupières inférieures, dont les lambeaux pendaient sur mes
joues, ei coupé en plusieurs endroits le front, d'où le sang coulait
en nappe et inondait mon visage. Les yeux eux-mêmes avaient
élé atteints; et l'on verra plus bas qu'ils portent encore des traces
de ce funeste accident. Je ne perçus toulefois en ce moment que
la sensation d'un choc épouvantable ; je crus que j'avais le crâne
fracassé, et dans cette terrible position, une seule pensée traversa
rapidement mon esprit; ce fut le souvenir de la digne femme
dont le nom est inscrit sur la première page de ce travail.
Au bruit de l'explosion, le garçon de laboratoire accourut, et
sur ma demande, regarda si mes yeux étaient crevés. 11 ne re-
marqua p . s d'abord les blessures de mes mains, et ce ne fut que
lorsque, guidé par lui, j'essayai en vain d'ouvrir la porte de la
cour cxlérieure pour aller chercher du secours, qu'il s'aperçut
que des fragments de mes doigts brisés étaient attachés à la ser-
rure. Je pus, en m'appuyant sursoit bras, Lraverser, le visage,
couvert d'une serviette, la place de l'École-de-Médecine et entrer
à l'hôpital des Cliniques, où M. le professeur Né la ton, prévenu
au milieu de la visite du matin, voulut bien me donner les pre-
miers soins. Je me fis transporter chez moi, et grâce à un traite-
ment pur les irrigations froides continues, institué par M. le pro-
fesseur Piélalon, et au dévouement de la plupart de mes amis,
maintenant docteurs en médecine, je pus, au bout de trois ou
c|ualre mois, reprendre mes études, sinon guéri, du moins en
voie de guérison.
C'est ici que je dois ouvrir une parenthèse, et remercier, avec
touLe l'effusion de mon cœur, ce professeur éminetit des soins
EXPLOSIONS l'Ait LES SOLIDES.
désintéressés et assidus dont il a bien voulu m'enlourer. ainsi
que M. le professeur Jarjavay, qui m';; souvent visilé pendant ces
longs jours de souffrances. MM. Leçon te, Sappey et Wurlz sont
souvent venus relever, par leur présence et leurs bonnes paroles,
un courage ilont j'avais cel les grand besoin. Lou/e années écou-
lées depuis celte époque n'ont point affaibli pour eux ma recon-
Les deux internes de M. le professeur .Velalnn m' mt saigné
avec un dévouement que je ne saurais oublier : l'un élait M. Cadei-
Gassicourl, l'autre M. Paul I.orain, maintenant professeur agrégé
à la Faculté de médecine et médecin des hôpitaux. Ce dernier,
depuis celle époque, m'a donné de nombreuses manques d'une
amitié qui ne s'est jamais démentie.
Voici maintenant quelles ont éfc les tristes suiles de ce terri-
ble ui-cident : à la main droite j'ai perdu une phalange du pouce,
deux phalanges de l'index, deux du médius el deux autres de
l'annulaire.
Les fragments de nies doigts mutilés qui n'étaient pas restés
attachés au boulon de la serrure en essayant d'ouvrir la porte,
pour aller chercher du secours, ont été retrouvés çà el là dans le
laboratoire et recueillis par le garçon l'apault.
Les blessures de ma main gauche se sont cicatrisées assez rapi-
dement, tout eu me laissant dans l'épaisseur des tissus des frag-
ments de verre enkystés, dont l'un surtout, logé sur un rameau
du nerf collatéral interne du petit doigt, me fait beaucoup souffrir.
De plus, mais ceci est tout à fait secondaire, un tatouage noir et
indélébile produit par la présence de la poudre d'argent réduit
donne à celle main un aspect moucheté.
Un morceau de verre gros comme une petite noisette esl éga-
lement enkysté dans les muscles fléchisseurs de la seule phalange
qui me reste à l'indicateur de la main droite, et un autre dans
la pulpe du pouce. Ces deux éclals de verre me causent de vives
douleurs ;ï la moindre pression, el je m'en aperçois malheureuse-
ment en écrivant ces lignes.
Au-dessus du sourcil droit, à l'angle externe de l'œil gauche,
soûl demeurés des débris du flacon; les paupières inférieures
gardent des traces de coupures, el sur la sclérotique de l'œil
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IMPLOSIONS PAR LES SOLIDES.
droit je conserve une lâche noire fort apparente due au dépôt
d'argent réduit.
(juant aux autres blessures du visage, elles ont été prompte-
mctit guéries sans laisser de traces bien visibles, saufun tatouage
semblable a celui des mains, que je conserverai fatalement jusqu'à
la mort.
J'ai pu néanmoins, malgré celte grave mutilation, écrire, dis-
séquer et pratiquer les différentes opérations exigées pour obte-
nir le titre de docteur en médecine, mais ce n'a été qu'à force
de volonté, et au prix de vives souffrances qui se reproduisent
encore toutes les fois qu'il m\trrivc d'appuyer contre le^ moi-
gnons de mes doigts, remplis d'éclats de verre, soit une plume,
soit un crayon, soit un instrument de chirurgie.
Et maintenant, y avait-il dos moyens de pré-
venir celte explosion? Oui, certes; et d'abord il
fallait observer les précautions dont nous avons
parlé plus haut : porter un masque en fils de Ter,
semblable îi ceux dont on se sert dans les salles
d'escrime, mais surtout ne pas mettre dans un fla-
con de verre, fùt-il même bouché" avec du liège,
une substance aussi facilement explosible que le
fulminate d'argent.
On a vu, par les détails qui précèdent, que
j'avais négligé tout cela. Préparateur de chimie
minérale, je n'avais jamais touché de fulminates,
et je «rois sincèrement que le D r Lesueur, qui, par
son insistance, a été la cause directe de ce malheur,
ne les connaissait pas beaucoup plus que moi, sans
quoi il ne m'eût pas exposé à un pareil danger.
Tant que je suis resté au laboratoire sous sa
direction, je l'ai toujours trouvé plein de bien-
veillance.
1866. - Thelmier. 5
70 CONCLUSIONS.
Quoi qu'il en soil, je désire que mon malheu-
reux exemple ne soit pas perdu ; et qu'il eng-ag-e
vivement tous ceux qui s'occupent de ces sub-
stances si dangereuses, à les manier avec les pré-
cautions les plus attentives.
CONCLUSIONS.
Résumons-nous, et, de ce qui précède, tirons les
conclusions suivantes :
1° Les chimistes sont presque constamment
exposés à des accidents, parmi lesquels un cer-
tain nombre sont capables de mettre leur vie en
danger.
2° Ces accidents peuvent être divisés en as-
phyxies, irritation des voies respiratoires, brû-
lures, empoisonnements et explosions.
3" Les trois dernières classes sont les plus
redoutables.
4° La plupart des accidents de laboratoire peu-
vent être prévenus soit par de simples mesures de
prudence, soit par des moyens puisés dans la
science même.
5° Il en existe malheureusement un certain
nombre qu'aucune prévoyance humaine ne saurait
éviter.
CONCLUSIONS.
7L
Je termine provisoirement cet essai, bien im-
parfait sans doute, mais ayant du moins le mérite
d'avoir été inspiré par un désir sincère d'être
'utile.
J'espère, grâce à Dieu, le compléter plus tard,
si le temps me le permet; et pour arriver à at-
teindre ce but, je recevrai avec reconnaissance
les communications qu'on voudra bien m'adresser
à l'École de Médecine.
C'est alors que je me propose de traiter une
question bien triste, celle du sort des prépara-
teurs et des chimistes blessés au service de la
science dans les laboratoires. « C'est là un champ
« do bataille, m'écrivait l'excellent D r Hœfcr, qui
« vaut bien tous les autres; et cependant quelle
« différence dans les résultats. » Si on décore à
juste litre un soldat blessé, si on assure le pain
de ses vieux jours; on se contente le plus souvent
de quelques plaintes stériles sur fe sort de ces
hommes studieux, qui, si j'ose m'exprimer ainsi,
sont les pionniers de la science.
Des considérations personnelles que l'on appré-
ciera, je l'espère, m'empêchent de donner pour le
moment suite à ces réflexions. Ce que je pourrais
ajouter à ce sujet, serait déplacé dans une étude du
genre de celle-ci.
72 CONCLUSIONS.
Je remercie les chimistes qui m'ont fourni si
obligeamment des documents; je regrette de dis-
poser de trop peu d'espace pour citer ici tous leurs
noms, inscrits du reste dans ie courant de mon
travail. Il m'est toutefois impossible de ne pas
exprimer toute ma gratitude sur ce point, &
MM. Naquct, professeur agrégé à la Faculté, mon
maître et mon ami ; Fordos, pharmacien en chef
de la Charité, ainsi qu'à mon vieil ami le D r G.
Mâhu, dont les patientes recherches m'ont été
fort utiles.
TABLE DES SUBSTANCES PRINCIPALES
AYANT OCCASIONNÉ DES ACCIDENTS
AVEC LE NOM DES CHIMISTES AUXQUELS CBS ACCIDENTS SONT ARBIVliS
Acrilato rie chlore- - - ■ % MM.
Ac. carbonique (solidilicat. dcl') aO
Ariilt; cyanliyd ri^uo 39.41
— chlorh y ri rique. . . _._ . 14
— fluorbydriquo 14.49 1
— hypc-azoliquo 30
— phosjiiioriiiuo 14
— sulfhydrique 41
— sull'urique 19
Alcool amylique 20
Antimoniuro do potassium. ... 58 j
Argent détonant ou j fi* j
fulminate d'argent. ) M (
Bioxyde d'azote et vapeurs de
sulfuro do r.arhnim 4fl
Brome 16
Cacodyle 80
Chalumeau a ijiiz liydrogèno al
oxygène 48
Chlorate de potasse ,'molangos ) „. I
ddtonJnia avec) | [
Noms des chimistes.
l'arc*.
Osiniu Ilervy . ,
. SO
Pihan-Dufoillay
. m
16
. 15
H
Fnrdns
. 58
V. RocoaulL . .
. 'M
Bnrmnl . . .
ta
Thulmier . . . .
. m
. a
Pharm. de Mon i
Liebig
74 TABLE DES SUBSTANCES ET DES CHIMISTES, F.TC.
:!■■= [Ii?. lIjiiiihIci. Pa
1 asegne
Ttielmipr
K r<
18
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Cl 1
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-J7
i! "in Mi- lliimhnrl
Chlorure d'azote
Kl
Clilor. do phosph. et
Wurti
:!'.
Oanuro do polassiu
Kl
Tlielmior
■M
fthorot azolatn'd't:
';'(
^on^" B0 " llal '
Hvilrociirl.iiros de Iî
. huuillc. . .
111
Manstield
!•!
'il
llydrogonc arsénié,
1 fiuhlnr,. . .
H
;w
ri
lodure d'azote .
m
1 1 ihi mi^le a llemaml
V, Refinaull. . . .
:.r.
[ IIIriH.
J Slopor
! OdUnn
',->
Nitrate de méthyle.
57
(ii
Oppeatieîm. . . .
(il
Peroxyde d'acélylo.
Brodîe
:13
il
| Pellelior père. . . 21
l Élève de TÉe. pral. 22
) rie l'enlevés. . . . i'2
j DiMis
( Isidore Pierre. . .
93
33
Powwjiam et snriim
B3
Malaiiuti
63
Stibliinii norrosif. .
M
M
Zinc ((tarification ri
x)
-il
l'répar. anonyme.
->]
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TABLE DES AUTEURS
ET DBS OIIVRAOES CITES
Annales de chimie et de pharmacie 19 50
Annales lie physique et chim ie 33
Bulletin de pharmacie 59
Cosmos, 43
Forclos et Gélis 36 M
Gazette 'les hôpitaux 36
Journal de chimie médicale 61
Journal de pharmacie 89
Malaguti (Chimie) 23, 31, 32 «3
Grilla (To xicologie) 21, 23 30
Ozanam 11
Payen (Chimie industrielle) 23
Presse scien li ligne et indust rielle 43
Revue scientiliqueet industrielle 59
Schneider (Thorer, Beitraege, etc.) 38
OigilueO Qy Google
TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES
Avant-propos 5
Des principaux accidents dans les laboratoires 9
Division des accidents ■ 10
PREMIÈRE CLASSE. — Des bruluiles 12
Moyens généraux d'éviter les brûlures 13
Brûlures par les |;azct les vapeurs 14
Brûlures par les liquides 18
Brûlures par les solides 21
DEUXIÈME CLASSE. — Des empoisonnements 26
Moyens généraux d'éviter lus empoisonnements 30
Empoisonnements par les gaz et les vapeurs 31
Empoisonnements par les liquides 41
Empoisonnements par les solides 45
TROISIÈME CLASSE. - Des explosions 46
Moyens généraux de prévenir les explosions 46
Explosions de gaz et de vapeurs 48
Explosions de liquides 53
Explosions de solides 57
Conclusions 70
Questions sur les différentes branches des sciences mé-
cales 73
Table des substances principales ayant occasionné des
accidents, avec le nom des chimistes auxquels ces
accidents sont arrivés 75
Table des auteurs et des ouvrages cités "
Table générale 78
À. Parent, imprimeur de In Faculté du Médecine, ruu M'-lc-Prince,3i.
S-S S £ € f t *
J. U. BAILLIÈRE et FILS
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TRAITÉ D'ANALYSE CHIMIQUE
PAR LA MÉTHODE DES VOLUMES,
l'Analyse des gmm et des métaux,
I» Clilorométrlc, la Suif Iiy<Ii omcti i. . l'Acidimétrie,
l'Alcalimétrie, la Saccliartmétrlc, etc.,
PAR A. B. POGGIALE ,
Profciienr de chimie à 1 Écolo Impériale de mëilednc militaire du Val-dc-Grice,
Pharmacien en chef de l'hûpila! , membre de l'Académie tm|wria]e tic médecine, ele,
In-8 de 600 pages avec 171 figures. — 9 fr.
Les dosages vol u m étriqués appliqués i l'analyse chimique offrent des avan-
tages incontestables, cl quelquefois ils fournissent des résultats plus rigou-
reux que la balance. Ainsi, l'analyse du In plupart des gaz ou des mélanges
gazeux ne peut être effectuée que par celle méthode. Le dosage du car-
bonate de pousse et du carbonate de soude, du chlore cunicnu dans les
chlorures décolorants, de l'argent, du sucre, du l'acide sulfhydrique et
des sulfures, des manganèses, du fer, du cuivre, etc., ne peut se faire
exactement et rapidement que par l'emploi des liqueurs normales. Il n'est
pas nécessaire, pour la plupart de ces essais, que l'opérateur soit initié aux
procédés de la chimie analytique, et, dans les usines, tout le monde
aujourd'hui sait les faire.
Dans cet ouvrage, M. l'oggiale a réuni les principaux procédés volumé-
triques intruduits dans la science, et a étudié avec une attention particu-
lière l'analyse des gaz, l'alcalimétrie, l'alcidimétrie, la chloroméirie, la
sulfhydrométric, te dosage des métaux, leis que le fer, le cuivre, l'argent,
celui des sucres der.anric, île heiltrnve,: sucre du Inii.ilela glycose, de l'alcool,
de l'urée, etc. L'auteur a vérifié lui-même la plupart des procédés qu'il
décrit, respectant ceux qui sont sanctionnés par l'expérience et recom-
mandés par de savants chimistes. M. Poggialc a fait tous ses efforts pour
exposer les opérations analytiques avec la plus grande clarté, et nousavous
la certitude que son livre sera utile, non-seulement aux chimistes, aux phar-
maciens et aux médecins, mats aussi aux manufacturiers et aux industriels.
TRAITÉ D'ÉLECTRICITÉ
THÉORIQUE ET APPLIQUÉE
Par A. DE LA RIVE,
Membre cuire ipondnnt Je l'inililul de Fnnre, piokiHur eWrlIe <le ]'ic»dtoil( de Genèee.
Pixii, 1854-1858, 3 vol. in-8, avec 150 figures intercalées dans le texte. 27 fi.
Les nombreuses applications «te l'élcctricilé aux sciences ei aux arls, les lien'
qui l'unissent à toules les autres parties des sciences physiques ont rendu son
étude Indispensable au chimiste aussi bien qu'au physicien, au géologue atil;*
qu'au pliysiiiln-Me, j l'in^nium- cuuoic an médecin : tous sont appelés à rcn-i
i imiiur l'électricité sur leur route, tous ont besoin de se familiariser a>cc son
étude. Personne, mieux que M. de la Rive, dont le nom se rattache aux progrès
de cette belle science, ne pouvait présenter l'exposition des connaissances ac-
quises en électricité et de ses nombreuses applications aux sciences et aux arti.
Séparément le t. III, Paris, 1858 : Happons de l'électricité avec les phéno-
mènes naturels ; applications de l'électricité {Applications physiques, chi-
miques, physiologiques et thérapeutiques).
HISTOIRE NATURELLE
DES DROGUES SIMPLES
COURS D'HISTOIRE NATURELLE
PROFESSÉ A L'ÉCOLE DE PHARMACIE DE PARIS,
Par M. J. II. G. <: I IKOI ni ,
Profuicut I Uni aire dt 1 ' Eco le de {Jurande <U ferla, nombre de l'A c ed emie i m périe I e d e méd tti nt
Ql AT MUE ÉDIIIWi, COWIIGÉE IT CIIISIDitlBLEIBII Al'GlEMÉE ,
Parii, 1849-1851, 4 vol. in-8 avec 813 figurée. — Prix : 30 fif.
La quatrième édition a reçu de profonds changements et elle est éminem-
ment supérieure aux précédentes.
L'Histoire des minéraux a reçu une extension considérable. Le premier tv-
(urne tout entier est consacre à la Minn-titni/ie, et forme un traité complet ds
cotte science considérée dans ses applications aux arls et à la pharmacie.
La Botanique ou l'Ilùtoirt des ieij,'iiui,r est comprise dans les deuxième c:
troisième volumes.
Le quatrième volu me comprend la Zoologie ou l'Histoire des animaux et il .
leurs produils ; Il est terminé par une table yï-Hèi-ak ulphtiliriiqitï. très éteiiiUif.
Le plus grand nombre des ligures sont entièrement nouvelles et faites d'apn'-
iir, [irtiri'Sji'iir ;'i l'He-nli' i\- \ ii ir.ii.ir.r. l'.ii i-. mi-, in-B de .
cilloimi'*. flïiv il [ilatli'lu'H iiraiOcs.
Manuel leaal des pharmacien* et des «lèves en pharmacie, eu I! -, -ai il i,
tvii-î, n -'li menlB Cl llMlruction* i-oili'nrrilll i i ri.-i'i-lii rn.'iil, Iri iHlI'lr^ el
,,, hi iili.irniliiH', !■) !■ .iii|urii;ml !>■ [iriur'.iiinjji ..li - r. il/ I k.-hIi: île iilurmatr '.
l\ivi-. jiiir N. J. !i. il. (ii in. .i m . |c.i;V.v«.i rï-kiuv VHmlr. ijr jiliarjiiju-ii-
l'aris. i:1i:. Pari-, 1 1ss-J. I ml. iii-l-j*' 23» pages, sir
rumni.' |i.iil^ti-ui cl comme charge de l'iusiieriiuii dci pharmacies dans ]e/eis.ort il? f £...!■■ '
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|.|)-.i1dilîi li-ur HUf/ ' u pliarnincir, .. leurs f.
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De la bltre, «a composition chimique, sa fahrlcalion, son emploi comme boisson, par
G. J. Mlii.Df n. ["!'.-■' i' ut kv: îmrr-iie <ITInrlil. Ir.nUih ilu Imllanilaiy arc.- lerau-
coure de l'auleur, par M. Aug. Dubdu, Paris, 1881, In.lBjésua de »eo pages. 3 tr.
Traite de chimie anatomlqne e( pkyalMot Ique normale H pathologique, ou des
principe* immédiats [iiirri],iu\ i l It.i.l.'.-. .;m cin-iHurn! le c..r[n ilr Nnmiiil.' ,1 .le-
mammifères, ]i,ir i"pi. lliuiiv. i'I.'ur n -iuc H ilurleiu- s.-inru-i-s, professeur
.Vjrr.je il la t'iir.lltr ili- llli'ili-i I r, , ■ , I . ■ l'.Lli-, ri I'. Vninin, il 11 T .!«-~ llIKIIH C fl i EnlqUBl k
l'in-iiiui .-urn-nl.'. |ii i,r.--i ni' il i- ,-|.n:ii. . .; fn; is viiiiMiir- iii-b. .■u-rriiiij.iiuni'd d'un allai
de 15 planche- dc;-in.v- d'à près 1 ni 11 ri-, -rai eu parlie coloriées. SB tr.
i recherches micro graphiques, par A. Moitessif.*,
... J::i a I;i Y.-.: n'A-- .!.■ a,.- ■ ■.-nie il.- M.mlpellier. I vol.
es gravée» d'après des photographies et 3 planches pbolocra-
et pratique de» ma nlpnla lions chimiques et de l'emploi Un
(l'iir; 'In 1 lu-.- . t ---i j- i f -I i !' ni — ;.ri.iliiiK.lr 1 1 :u ■! li-L r:i_' -u-repl i|.a-j
■ E. Besiiît. Paris, 182», ( vol. iii-8. cxi-Ul panes. (8 tr.) 3 fr.
<Jiiira s e ipe ci., Li.mi.nl ile.lmr si.i .1. r.i.lriiinL,lr,ilit,ii iln il.iiiiiiin. am ni-gocimlj, lui
puuaau qui l'occupent ,1e la rtclieithc dei laltittailioai, nu qui vsulenl fuir- de Il chimie
Annuaire de en Unie, comprenant le* applications de cette science a la cli--. i ci-ru i? ci a
la pharmacie, nu tt<-|.<'rt i .il-.- n.-- li.vain .Tl.'- r' iks mini .an\ liaiam mi chimie 'ail..
il. il.- Ir. .11 !-,■],(■;. i.arli.-.lr n:iiri.|i-, 1 1 .h i ■ MM. Mn.i.i.s. 1. Hi idir. :, i . -. la i-uNalini.Ll
.h- M. I. nir I'. Iln.ai i. .1 :lt- .M. >i,mis. Paris, 1813-1831. 7 vol. io-s Je 700 il
sud piur.. s-! ir. Me.! 7 Tr.
Las année* laiâ, I8iû\ IM7, se vcinlent chacune séparément. i fr. M e.
Theorie de» proportions eUmUiaea, et table tjnopllque de» poldt atomiques des
ït^ftjflfmu" corNg!™ eTaugmenlee* Pari?! îgM^Fn-^dfcl'a pagei.'' B **"ïfr!
De l'emploi dn chalumeau, dans le.* .niaU ,-fi i J. ; u i-- .1 lr- il . |. t ;n u i;i I Ltin.s ...iii.v.i-
ln-i(|in'-. Trailuil iln sii' .li.i- île J. I. Htii/iLin, par F.Psesbki, Paris. ISIJ, lu
nvei- I planches.
1 r v miu.liiT. Ha|>p.irl prr.enlr jm C
iM.iLint.r iiire-. iur i: A. "urtr, prulct-ru
Paris, lBS9,iD>S. • ir.
Traliede chimie centrale ei expérimentale, avec les ippliealinns aux arts, à la mé-
ilri-ine cl à la paartLiai-ir. nar a. lu r n il lui vr . pnil,---Hlr ;i:r:-..je .lr clauiica I.: l'amllr
île médecine île Pari*. Parla, ISU-I SIS, ouvrage complet, "i vol. iti-tt. cn-emWii isno
panes, avec ïflO Heures mlen-alécf dans le texte. 10 (r.
Ëiemeilla de Chimie organique. ci.>mt^..ar,nl le- .iii].la'a!i.iu- île e.ale seienee à lu
jilivaiiln-, iie.iina.e. 1 1 ■ 1 1 ii ilu.-vnr h. V,:i |ii .,1,- Jfiir il.' .'Iiuuli à ! h.ijjilat niili-
laire du Val-ile-diMia'. l'ari*, lus-,- lai». J forts vol. in-8. (IS Tr.) 3 Tr.
Éludes de chimie orRaulque, falli-s en vu.: flei avilie il iim. ].!m:.il(iiii ( |iiesi;l médi-
cales, part. Mili.iiS. Lille. litVJ. u-B de le.) \'iv^:i avec :i i.knu t-.f-. ['J fr. 50e.) I fr-
Becbercliri chimiques sor le mercure et sur les constitutions salines, par E. Mn-ms.
Paris, 1816, in-B. (a fr "" -
mi]iii|iie e.irii|iieaiilil rimn. anri.ai-. lr- ftirillllles, le* Il
l auli-.ir la .laie .le. la il.'.-iin v erl îles principaux proiluiU .le la chluiie, par le doc-
teur Perd. UorrEB. Paris, ISIS, i roi, m-i'J. avec lablsaux. iîfr.) ( fr.
Manuel pour l'aualvse ries substances organiques, par G. Limu, professeur de
' riilleliianil )iar A. J. 1,. JnesolH; suivi Je
. (le l'aualv-e élémentaire ■— -
lai- .1.' ."imalv.e .■i.-iiieiil.iire .1^- cnr:iH
8, llu. pfr.soe.) 4 fr.
Non veau «rsitme de chimie organique, fonilé sur Ici nouvelles mélhoile- l'uli-n -
vali.m-, .,r. '■.--■.]■■■. il'un Tr:. l'.iuii.lrl sur l'arl .i'ijU-.a-vev ;■! .1^' 1 1 1 ■ i r t ; 1 1 ■ 1 1 1 ■ l- -raii.l , ; ;
en pelit dans le lahiii-aluire i 1 'in- le porte iihjel (lu microscope, par K. V. lUsrtii..
lUH.Vieme rdflrtjii eufferemeril rifoniUi-. u<: . i n li I i'-ih il'iiu alla- in .lu -je |.|ail:-.lus
il,. Muni'.'* ile-ii, éis ira|i|-,sn:itui-r, L.'rai aver [<[:!■■ failli -uni. Pari-, I5.1t«, J fnrls
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nailre, par M. 0- IIiumib et Ch. Hasei., In-isde5a8 pages. Ifr. M
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l'usage lies ne'alM'ill- el .Se' ril.aruia. l. li~, par (Il iiIii.il l>. p. VVmiml, (iliaianariiTl
iK.inin.], allie, l'.n-i-. 1B-.I, mi heaii ml. in-li de HO paces.
.,„ . = Je pbarmaceallque, ou Exposition du système île; i iiiinais-
e. relaliii-s a l'ai I I anni, par l 1 . A. Car, rneiiile. I- la Sucidlé de pliar-
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JllJIHW IIH'lIllilT 11 (" \ ■ 1 1 d Million. ilr .^i I II ■ ■ 1 1 r i I : ■ ■ I), il.lil'lll f Vil il IN 11 .
JIISJII Ttfoiullte l't ri >N-i,|i], il.'. :il aiiL'iii.'iil yjn'r.v/- du l,il,ltnu.r pi i-Sfnlitut
loui-nrditiir! d.:i ilii i-i.i initil-; n<'-:tii-<i'i v il;.' r ;:.i rv.;iv m/ ri' .■').)■ , ( <ivcr ta nnfAl
décimal, l'ai in. h'.n. ; furir 1 in-\ . I ■■ <■] i :n-i i n n<i» i .ri- i -, iuL-n\ iiuIijiuil'-. i fi-.HS 1.-
Pli arma ru pie cle Lmiiltr-, l'iiliij'c \ai uniri- lin suivit in-nl, tu iufin cf «n />ï»
fafi. Pari?, IS37. in-IB. (* Ir.). 1 (r
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